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Restauration de la chapelle de l'Hôtel-Dieu



La chapelle : Histoire et trésors cachés

L'Hôtel-Dieu de Lyon
Au XIIème siècle déjà, les Frères Pontifes avaient créé un Hôtel-Dieu qui fut plusieurs fois agrandi et pourvu d'une petite chapelle. Il ne reste de cette époque que le mur Sud du cloître de la cour d'entrée.
Devenu Hôpital dès le XVIème siècle, il comportait alors un premier bâtiment bordant le cloître dans lequel François Rabelais exerça ses fonctions de médecin en chef de 1532 à 1535. L'Hôpital possédait alors une centaine de lits avec parfois 5 malades par lit !
A partir de 1622, de nouveaux bâtiments en forme de croix furent construits, surmontés par le "petit dôme". Ce bâtiment hébergeait des malades fiévreux ou chirurgicaux et des femmes enceintes.
Pour répondre aux besoins spirituels des malades et du personnel religieux hospitalier, on décide à la fin du XVIIème siècle de construire une chapelle à l'emplacement du bâtiment initial, qui est celle visible aujourd'hui.
Au XVIIIème siècle, toujours dans une logique d'agrandissement, un bâtiment en forme de quadrilatère fut élevé sur les plans de Soufflot comprenant notamment la façade actuelle sur les quais. Il ne fut achevé qu'au XIXème siècle.

La chapelle

La construction initiale (XVIIème)

Elle a vu le jour dans un siècle où Lyon était une ville riche de marchands et de banquiers ayant fait fortune grâce au commerce de la soie. Elle bénéficiait de nombreux contacts avec l'Italie notamment et constituait une voie d'eau majeure entre le Nord et le Sud.
Les travaux de la chapelle furent suivis par les maitres-architectes Ducellet, Lerupt et Chana et connurent cependant des rebondissements dus à des problèmes de financement. On fit donc appel à des donateurs mais la construction s'étala tout de même de 1637 à 1655 soit 18 ans !
De 1637 à 1639 furent édifiées les fondations du chœur et des quatre premières chapelles latérales.
De 1641 à 1646, le chœur, les six premières chapelles et la nef avaient vu le jour.
La première messe fut célébrée en 1646.
De 1647 à 1655, les deux dernières chapelles, le portail et les deux tours furent édifiés, terminant la construction.

Les huit chapelles latérales furent concédées aux donateurs qui avaient permis leur financement comme la famille lyonnaise De Vauzelles.

Au niveau stylistique, sa façade, visible Place de l'Hôpital, présente un style Louis XIII très riche, révélateur d'un maniérisme francisé.

Son architecture, baroque, est basée sur un plan basilical à nef unique flanquée de chapelles latérales symétriques sur la base de plans d'église dites " jésuites " comme celui de l'église du Gesù à Rome ou celui de la chapelle de la Trinité à Lyon ou encore de l'église des jésuites de Chambéry.
La nef, voûtée en plein cintre, est séparée en deux étages par un entablement saillant. Elle comporte des pilastres à chapiteaux corinthiens ainsi qu'une séparation marquée avec le chœur par deux colonnes monumentales.


La restauration du XIXème

Après les affres révolutionnaires qui ont fait disparaître de nombreux mobiliers, des travaux ont été entrepris dans le cadre d'une première restauration à partir de 1802, date à la quelle la chapelle a été rendue au culte.
Cette restauration s'est effectuée en deux temps :

A partir de 1802
La restauration commence par l'ascquisition pour le chœur de trois tableaux symbolisant l'Espérance, la Foi et la Charité, les trois vertus théologales. Il s'agit de :
"Chist en croix" de Serangeli, "Résurrection de Lazare" du lyonnais François de Loras et du "Bon Samaritain" de Chabord.
Des boiseries et stalles, encore visibles aujourd'hui sont également aménagées dans le chœur.
La chaire à prêcher en marbres polychromes avec son abat-voix acquis en 1802 est une pure merveille. Elle provient de l'ancien couvent des Carmes Déchaussés de Lyon et est attribuée aux sculpteurs Marc Chabry II et Guillot.



1848
Puis à partir de 1848, les chapelles latérales sont ornées de sculptures de Joseph Fabish (qui est aussi l'auteur de la vierge de la basilique de Fourvière) ou Charles Dufraine mais aussi de tableaux de Thomas Blanchet, Horace Le Blanc ou Joaquim Liquevet.

A partir de 1867, Alexandre Denuelle, qui a notamment participé à la décoration de salles du Louvre et travaillé avec Mérimée, se charge d'un vaste programme de peintures décoratives : mise en œuvre de " grands décors ".
Un magnifique décor en trompe-l'œil a été réalisé sur tous les murs et les voûtes de la chapelle transformant radicalement l'aspect de la chapelle jusqu'alors uniquement recouvert d'un badigeon blanc.
Ce décor néo baroque est d'une grande qualité et s'accorde parfaitement avec le style originel de la chapelle.

Parmi le mobilier remarquable, on peut admirer le magnifique reliquaire en bois doré à la feuille recueillant plus de 650 reliques offert en 1847 par le Cardinal de Bonald, actif dans la restauration de l'édifice.


Enfin l'orgue construit en 1852 par Augustin Zeiger et plusieurs fois restauré, est particulièrement adapté à la musique du XIXème siècle.

Pendant tout le XIXème siècle, la chapelle fut un des foyers importants de la vie hospitalière.

Cependant, elle est menacée de désaffection en 1908 lorsque le Conseil d'administration des Hospices Civils de Lyon prend note du caractère nocif des sous-sols notamment, où les malades sont atteints de tuberculose du fait d'une mauvaise ventilation. Des destructions partielles, dont celle de la chapelle, sont envisagées.

Heureusement, l'Hôtel-Dieu fut modernisé et la chapelle épargnée.

En 1944, la chapelle est transformée en maternité :
Au cours de la libération, les derniers combats ont mis le feu au grand dôme qui s'effondre. Les accouchées et les nouveaux-nés trouvent alors refuge dans la chapelle.
Choix naturel du fait que de nombreux baptêmes avaient régulièrement lieu dans son baptistère et tous les ans la population lyonnaise venait admirer la crèche vivante, un véritable nouveau-né représentant l'enfant Jésus.

Les baptêmes furent célébrés à la chapelle de l'Hôtel-Dieu jusqu'en 1967 !
Pour se donner une idée de son activité, on notera que les 30 dernières années de son fonctionnement, 62.000 enfants ont été baptisés !

Les Sœurs Hospitalières

Dès les XVIème siècle, des femmes dévouées aux pauvres et aux malades oeuvraient dans l'Hôtel-Dieu.

Au XVIIème siècle, des règles furent établies pour l'admission de ces femmes qui voulaient servir les malades "sans aucune récompense que celle qu'il plaira à Dieu de leur donner en paradis". Elles étaient "appréciées" par la Mère supérieure et au bout d'un an environ recevaient les insignes de leur appartenance à la Communauté au cours d'une cérémonie faite avec apparat dans la chapelle, en présence des recteurs et des médecins.

Rapidement, les Sœurs Hospitalières devinrent un élément majeur de la vie de l'hôpital : soins aux malades, accouchements, pharmacie, lingerie etc… Leur exemple suscita de nombreuses vocations.
Avec la révolution, les sœurs perdirent leur nom, leur costume et leurs insignes mais furent rétablies en 1802 lorsque la chapelle fut rendue au culte.
Les XIXème et XXème siècles furent l'âge d'or des Sœurs hospitalières avec en 1840, 80 sœurs prétendantes et 92 sœurs croisées (admises).
Mais le développement de l'autonomie religieuse, le passage des sœurs vers la condition salariale, les contraintes horaires imposées furent peu compatibles avec une vie religieuse communautaire. Les Sœurs quittèrent progressivement l'hôpital après 350 ans de dévouement au service des malades.

L'intégralité du bâtiment et du mobilier est classée Monument Historique depuis 1941.

Cependant, aucune autre restauration n'a été entreprise depuis 150 ans.

Ces trésors sont donc actuellement cachés sous une épaisse couche de poussière parfois incrustée dans les ouvrages.

Un projet de restauration a donc vu le jour pour redonner à la chapelle sa magnificence.

La vie religieuse se poursuivra dans cette église pour les paroissiens mais également pour la communauté hospitalière.
Des activités artistiques pourront à nouveau être organisés dans ce joyau baroque intégré à l'Hôtel-Dieu dont l'architecture trouve des échos dans toute l'Europe et notamment en Italie.

Faire revivre la chapelle de l'Hôtel-Dieu, c'est faire revivre une période de l'histoire baroque, de l'histoire hospitalière de Lyon mais également de l'architecture européenne.

Projet de restauration

Si vous voulez en savoir plus sur l'histoire de la chapelle :
LAPRAS C., ROUSSET-BEAUMESNIL C., La chapelle de l'Hôtel-Dieu de Lyon, Editions Lyonnaises d'Art et d'Histoire, Lyon 2002 (disponible au Musée de l'Hôtel-Dieu)

Validé en : septembre 2008
par : Suzanne MARCHAND
Date de mise en ligne : 23 /09/2008
Version : 1

 
  
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