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Cancer et Covid-19 : le bilan plutôt positif d'un numéro d'équilibriste

Publié le 19-06-2020
On a souvent parlé des répercussions de l’épidémie de Covid-19 sur d’autres pathologies, le cancer en tête. L’Institut de Cancérologie des HCL fait aujourd’hui le bilan : s’il faudra des années pour évaluer un éventuel impact des reports de soins sur la mortalité des patients, les médecins des HCL dressent le portrait d’une crise dont la gestion consensuelle et évolutive a permis d’amortir l’impact sur les patients.

Pour permettre aux patients Covid d’être pris en charge en urgence et massivement, les services de soins ont dû s’adapter. L’imagerie a été perturbée, pour laisser des plages libres à l’examen des poumons des patients suspects de Covid-19. Certaines analyses génétiques des cancers ont été interrompues, pour que les laboratoires puissent se concentrer sur les tests du Covid-19. Et surtout, les grosses chirurgies nécessitant une réanimation, ont fréquemment été suspendues. Avec une chance tout de même : « Nous avons été modérément touchés à Lyon, contrebalance le Pr Benoit You, oncologue à l’hôpital Lyon Sud. Nous avons pu reprendre progressivement les traitements en quelques semaines seulement ».

Sur chaque site hospitalier des HCL, un comité composé d’anesthésistes et de chirurgiens se réunissait quotidiennement avec pour objectif de prioriser les interventions.

« En termes de personnels, un lit de réanimation ouvert équivaut à trois blocs opératoires », énonce le Dr Yves François, chirurgien digestif et vice-président de la Commission Médicale d’Etablissement des HCL. Conséquence : au plus fort de la crise, les HCL ont fonctionné avec seulement 30% de leurs capacités en chirurgie. « En dehors de la prise en charge des patients Covid, les blocs étaient réservés en priorité à l’activité cancérologique et obstétrique, ainsi qu’aux urgences, puis assez rapidement à la semi-urgence. La perte de chance a toujours été le critère de choix premier », ajoute le Dr François.

Pour accueillir un maximum de patients, en plus des urgences, la priorité a été donnée aux chirurgies qui demandaient peu de temps d’occupation des blocs et des besoins de réanimation nuls ou faibles. Le recours à la chimiothérapie a également pu être une alternative temporaire : « Il ne s’agissait pas de remplacer un traitement par un autre, mais de nous laisser un peu de temps sans compromettre les chances de guérison du patient ».

Du côté de la médecine oncologique, l’Institut de Cancérologie des HCL dresse un bilan plutôt très positif de la gestion de la crise sanitaire. Plusieurs alternatives à l’hospitalisation ont été envisagées, en particulier sur les traitements oraux ou intraveineux, administrés à domicile.

Au final, très peu de traitements ont en réalité été annulés ou reportés, y compris pendant le pic épidémique en avril. « Après une phase initiale de prudence liée à ce que nous voyions de l’étranger et une légère diminution de l’activité, nous avons fait notre expérience nous-mêmes et très vite, nous avons repris les traitements, explique le Pr Gilles Freyer, oncologue et directeur médical de l’Institut de Cancérologie des HCL. « A chaque fois que cela était possible, nous avons continué les soins débutés et ceux jugés urgents ou dont le retard aurait eu des conséquences sur les chances de guérison des patients ». Elodie 32 ans, a ainsi été hospitalisée en plein pic épidémique pour recevoir une cure de chimiothérapie en urgence, suite à des résultats d’examens défavorables. « Nous avions déjà essayé les traitements par voie orale avant le confinement mais ça ne fonctionnait pas », déplore la jeune femme. Elodie a été hospitalisée deux fois une semaine au cours du mois d’avril et si elle était d’abord préoccupée par sa maladie, elle avoue avoir eu quelques craintes liée à l’épidémie de Covid-19 : « Comme on est plus fragiles et qu’on nous répétait de nous tenir le plus possible éloignés des hôpitaux,  j’appréhendais un peu. Mais la prise en charge a été extraordinaire et je n’ai plus du tout eu peur une fois sur place ». Grâce au point de contrôle à l’entrée du service, à la prise de température et aux mesures prises pour sécuriser l’unité, son angoisse a disparu :

« Le fait d’être hospitalisée et immobilisée m’a apaisée ; ne pas devoir faire des allers-retours entre chez moi et l’hôpital pour un scanner, une pose de cathéter ou une séance de chimiothérapie, explique Elodie. Avec le Pr Freyer, nous avons choisi la période d’hospitalisation la plus courte possible, en lien avec mon état de santé et tout a été fait à ce moment-là ». Compréhensive aussi sur l’interdiction des visites, Elodie avoue : « J’ai un petit garçon de 8 ans alors c’était difficile mais finalement on communiquait en visio, comme tout le monde en France ! ».

Sur les deux mois de confinement, le nombre de séances de chimiothérapie n’a diminué que de 9,9% en comparaison aux trois mois précédents : en moyenne, 2 486 patients ont été traités en mars et avril, contre 2 759 patients de décembre 2019 à février 2020. Aucune chimiothérapie postopératoire n'a été retardée ou interrompue et aucun cluster ne s’est développé dans les services et hôpitaux de jour de chimiothérapie, probablement grâce à la sanctuarisation et aux mesures prises. Seuls 14 cas isolés ont été diagnostiqués sur la période, dans les services de cancérologie, et rapidement exfiltrés pour être pris charge dans des services adaptés.

Les nouvelles inclusions dans les études cliniques ont chuté de 67,5% mais : « Tout ne s’est pas arrêté non plus puisque 20 patients ont pu accéder à des essais, mais surtout il est important de rappeler que les patients déjà inclus ont pu poursuivre leurs traitements », précise le Pr Freyer.

Un retour à la normale de l’activité et un accueil sécurisé des patients

Aujourd’hui, la structuration de l’activité des Hospices Civils de Lyon est quasiment revenue à la normale. Au 17 juin, le nombre de patients Covid encore présents au sein des HCL s’élevait à 64 (13 en hospitalisation complète, 9 en réanimation et 42 patients en soins de suite et réadaptation).

L’activité opératoire atteint aujourd’hui 79% des capacités totales des HCL. Si la cancérologie a fait partie des spécialités prioritaires, il n’en reste pas moins qu’il faut rattraper le retard accumulé. Depuis le début de la reprise des activités chirurgicales, le groupement hospitalier Est (à Bron) a offert des plages opératoires en gynécologie et chirurgie ORL aux établissements HCL plus impactés par la crise. De la même façon, pour accélérer certaines prises en charge, des conventions ont été signées avec des partenaires publics et privés afin de permettre aux chirurgiens de décupler leur temps de bloc. Ces mesures sont temporaires et concernent des indications précises dont la chirurgie urologique et la CHIP principalement.

Enfin, un recul a aussi été constaté du côté du dépistage du cancer, avec une baisse des nouveaux cas sur les deux mois de confinement. Par peur de surcharger les services ou de contracter le Covid à l’hôpital, les patients déprogrammaient d’eux-mêmes leurs rendez-vous ou ne s’y présentaient pas. Début avril, les HCL lançaient d’ailleurs l’alerte et réaffirmaient la nécessité de maintenir les soins importants et urgents. Dans certains cancers, les retards de diagnostic et de prise en charge ont un impact direct sur la mortalité : « Il ne faut plus perdre de temps, insistent-ils à nouveau. Le risque de retarder des traitements est bien plus grand que celui de contracter le virus à l’hôpital ». Afin de maintenir la vigilance et d’accueillir les patients dans des conditions de sécurité renforcées, certaines mesures prises au moment du déconfinement, (port du masque, respect des mesures barrière, modification des flux de circulation, désinfection des surfaces…) sont pour l’heure maintenues et seront adaptées en fonction de l’évolution de la situation sanitaire.

Deux numéros pour un RDV rapide :

- En cas de cancer ou de suspicion, votre médecin traitant dispose d’un numéro d’appel dédié pour toute demande de prise en charge en urgence dans un service de cancérologie des HCL. N’hésitez pas à le lui demander, c’est la garantie d’un RDV sous 5 jours ouvrés.
URGENCE SEIN : 04 72 11 88 99 Un doute ? Une anomalie ? Réponse sous 24h, RDV sous 5 jours ouvrés, dans l’hôpital spécialisé HCL de votre choix.