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Hallux Valgus

L’hallux valgus correspond à une déformation du premier orteil (ou « gros orteil » ou « hallux ») vers l’extérieur sur les orteils latéraux, formant une bosse à l’intérieur du pied, communément appelé « oignon ». C’est une déformation très fréquente puisqu’elle touche environ 5-10% de la population française.

Dans la majorité des cas, l’hallux valgus se manifeste vers 40-50 ans, particulièrement chez les femmes.

Si on en connait pas précisément les causes, il existe certains facteurs favorisants : facteurs héréditaires, facteurs anatomiques (avant-pied large, pied plat, premier orteil anormalement long), port de certains types de chaussures (talons hauts, chaussures à bouts pointus).

Plus rarement, il s’agit d’une forme juvénile, qui se manifeste à l’adolescence.

Cette déformation peut rester très longtemps sans douleurs ou gêne, hormis esthétique. Ensuite, les symptômes seront liés à la saillie osseuse (« oignon ») qui engendre d’abord une gêne au chaussage, puis l’inflammation progressive (« bursite ») entraîne des douleurs qui peuvent évoluer par poussées. Ces symptômes seront majorés par un chaussage inadapté (chaussures pointues ou à talon).

La déformation s’accompagne également d’une perte de fonction du gros orteil, entraînant un transfert de charges sur les orteils latéraux, responsables de douleurs plantaires à ce niveau (« métatarsalgies »). Pour laisser la place au gros orteil se déformant de plus en plus vers l’extérieur, les orteils adjacents vont se rétracter progressivement « en griffes ».

A un stade tardif, les douleurs peuvent être liés à de l’arthrose sur le gros orteil, correspondant à la destruction du cartilage du fait de la déformation.

Dans les très grosses déformations, négligées, il existe un risque d’infection osseuse sur des plaies liées au frottement permanent sur les déformations « en griffes » des orteils.

Il est simple et principalement visuel : il s’agit donc d’une saillie (« bosse ») sur le bord interne de l’avant du pied avec le gros orteil qui regarde vers l’extérieur et progressivement entre en conflit avec le 2e orteil.

On retrouve souvent dans les formes déjà avancées, une inflammation (« rougeur et chaleur ») sur cette saillie, et des « griffes » des orteils latéraux.

Un bilan radiologique sera systématiquement réalisé, confirmant le diagnostic, mais surtout mesurant le degré de déformation, les conséquences sur les orteils latéraux et permettant de planifier un éventuel geste chirurgical.

Il est à privilégier dans un premier temps. Il comprend :

  • L’adaptation du chaussage, large et souple ; en particulier pour les hallux valgus débutants.
  • La mise en place de d’orthèses plantaires (ou semelles) ou des « orthoplasties » réalisées par des pédicures-podologues pour soulager les douleurs d'appui (métatarsalgies) et les griffes d'orteils.
  • Des exercices de massage et d’étirements notamment du mollet, en cas de rétraction des muscles gastrocnémiens (muscles postérieures de la jambe)
  • Des médicaments anti-douleur. Lors de poussées douloureuses et/ou arthrosiques

Même si cela ne permet pas d’éviter l’aggravation de la déformation, cela peut permettre, sinon d'éviter, ou au moins de retarder un geste chirurgical.

Lorsque la déformation est importante, ou lorsqu’elle devient trop gênante et douloureuse malgré le traitement médical, la chirurgie s’impose.

Le but est de « redresser » le gros orteil et de corriger les éventuelles conséquences sur les orteils latéraux. Il existe 2 temps principaux : le premier sur les tissus mous (ligaments, enveloppe articulaire et tendons) pour libérer les tissus rétractés ; le deuxième sur l’os pour redresser le gros orteil (l’équivalent d’une fracture, appelée « ostéotomie »).

Il existe un très grand nombre de techniques, différentes en fonction des pays. Certaines ont un grand recul d’expérience, d’autres plus récentes (comme la chirurgie mini-invasive ou percutanée) sont prometteuses mais ne permettent pas encore d’assurer de leur efficacité sur le long terme ce qui est indispensable quand une chirurgie est proposée. Dans tout les cas, aucune n'a démontré sa supériorité.

Nous utilisons des techniques fiables, reproductibles et reconnues, ayant démontré dans de nombreuses études d’excellents résultats à long terme.

  • Comment se déroule la chirurgie ?

L’intervention dure en moyenne moins d’une heure et se pratique le plus souvent avec une anesthésie loco-régionale de la cheville. Cette chirurgie est tout à fait adaptée à une prise en charge en ambulatoire (pas de nuit à l’hôpital).

Nous réalisons une incision d’environ 6 à 8 cm, puis après libération des tissus rétractés nous faisons à l’aide d’une scie une ostéotomie (ou fracture) du 1er métatarsien, qui nous permet de corriger la déformation dans tous les plans désirés (longueur, hauteur, rotation). Une ostéotomie de la 1e phalange du gros orteil y est le plus souvent associée. Ces ostéotomies sont fixées par une vis et une agrafe, qu’il n’est généralement pas nécessaire d’enlever.

Dans tous les cas, le geste chirurgical est adapté à chaque patient selon les symptômes présentés.

  • Après la chirurgie

Les patients peuvent marcher le jour même de l’intervention, avec une chaussure spéciale (à semelle rigide) permettant l’appui sur le pied, pour une durée d’un mois environ. Au-delà, la marche sera possible avec des chaussures larges (type basket).

L’arrêt de travail est habituellement de 6  à 8 semaines. La conduite est déconseillée (du fait de la chaussure spéciale) pendant 1 mois. La gêne et le gonflement durent environ 3 mois.

Des séances de kinésithérapie pourront être associées si nécessaire, pour aider à la récupération des mobilités du gros orteil et des orteils latéraux.

  • Les risques liés au traitement chirurgical

Ils sont de plusieurs ordres :

  • La raideur : tout geste chirurgical sur une articulation peut entraîner une diminution des mobilités, le plus souvent temporaire. Pour optimiser la récupération, il est demandé au patient de faire bouger leurs orteils le plus précocement, le plus souvent possible pendant plusieurs semaines. Parfois des séances de kinésithérapie seront nécessaires. Aucune technique ne garantie de recouvrer l'intégralité de la mobilité pré-opératoire.
  • La récidive : malgré une bonne correction initiale, une récidive de la déformation est toujours possible, avec un risque d'environ 10% (soit dans le même sens, soit dans l'autre sens appelé hallux varus). Ceci est favorisé  par la sévérité de la déformation initiale, l'hyperlaxité, le pied plat valgus mais également par des pansements et/ou un chaussage inadaptée après la chirurgie (chaussures à talons ou à pointes).
  • L’infection : malgré toutes les précautions de désinfection et de préparation cutanée, toute incision chirurgicale est à risque secondaire d’infection, surtout au niveau du pied. Il est de l'ordre de 0.5 à 0.8% et majoré surtout par certaines maladies (diabète) ou prise de médicaments (corticoïdes, immunosuppresseurs…) et en cas de réintervention chirurgicale. Le tabagisme multiplie par 3 à 5 les troubles de cicatrisation, l'infection et les retards de consolidation osseuse ; la plupart des chirurgiens imposent un arrêt complet du tabagisme au moins 6 semaines avant la chirurgie et 3 mois après.