RHU ICELAND : réparation transcatheter de la valve mitrale

Le projet "Iceland" porté par l’équipe du Pr Marco Vola, chirurgien cardiaque à l’hôpital Louis Pradel, innove dans les soins du cœur.

Les valvulopathies sont des pathologies cardiaques fréquentes susceptibles d'engendrer de graves complications. Elles peuvent atteindre les valves aortiques, mitrales, tricuspides ou pulmonaires. Située entre l’oreillette et le ventricule gauches, c’est par la valve mitrale que le sang passe de l'oreillette gauche vers le ventricule gauche puis du ventricule gauche vers l'aorte. La valve mitrale est composée de deux valvules, l’une antérieure et l’autre postérieure, qui s’implantent sur un anneau, fait de tissu conjonctif, assurant un sens unique à la circulation sanguine. On parle d’insuffisance mitrale quand la valve n’est plus étanche. Quand elle est sévère, les études ont montré qu’il est plus pertinent de la réparer que de la remplacer.

« L’expérience d’années de chirurgie a montré que toute réparation de la valve mitrale est durable à condition de rajouter une bandelette synthétique (anneau mitral) qui renforce l’anneau natif et empêche la dilatation secondaire de l’orifice valvulaire », indique le Pr Marco Vola.

« Une innovation inédite en France »

Lauréat du cinquième appel à projets destiné à la recherche hospitalo-universitaire en santé (RHU) que les HCL coordonnent, le projet Iceland porte l’ambition de développer un dispositif de réparation de la valve mitrale par voie transcatheter, incorporant une sonde d’échographie dans le but de positionner, avec une précision inédite, une prothèse annulaire (annuloplastie) là où les tissus sont plus solides(1). Après des années d’annuloplasties pratiquées par voie endoscopique avec une caméra, l’idée a germé presque naturellement, « soit miniaturiser ce savoir-faire chirurgical et de le transférer à travers un cathéter », souligne cet expert en réparation par voie mini invasive de la valve mitrale et responsable scientifique du projet.

« Une innovation inédite en France », précise-t-il. Un prototype a été utilisé en phase préclinique sur des cœurs de porc. Les premiers résultats, jugés concluants par la commission internationale de l’Agence nationale pour la recherche (ANR), vont permettre d’affiner ce dispositif non invasif. Il s’agit du « premier projet de réparation valvulaire transcatheter dont la majorité du processus de conception, de développement et de tests précliniques est française », souligne-t-il.

Une technique moins invasive

Iceland implique les expertises de la chirurgie cardiaque et de la cardiologie interventionnelle. Actuellement, la plupart des réparations mitrales se font par voie endoscopique, nécessitant une ouverture du thorax, la mise en place d’une circulation extracorporelle (CEC), l’arrêt du cœur et une semaine d’hospitalisation en moyenne. Le projet du Pr Marco Vola prévoit une intervention sans incision thoracique, sans circulation extracorporelle, le cœur continuant à battre : « Le cathéter va passer par la voie veineuse fémorale puis à travers le septum interauriculaire et se positionner précisément sur la zone cible grâce à l’utilisation d’un échographe miniaturisé (le Ice pour intra cardiac echography, NDR). »

Pour que cette innovation aboutisse, le chirurgien de l’hôpital Louis Pradel peut compter sur une équipe d’une trentaine de professionnels, « des chirurgiens cardiaques habitués à la manipulation des tissus valvulaires, des cardiologues interventionnels avec leur maîtrise quotidienne des cathéters intracardiaques, des échocardiographistes experts en images endocardiaques et d’un pool de chercheurs, ingénieurs, experts en biomatériaux, biomécanique, robotique et intelligence artificielle. »

 

(1) Chirurgie redimensionnant la valve cardiaque à l'aide d'un anneau posé autour de sa base. L'anneau mitral, ou dispositif d'annuloplastie, peut être ouvert (forme de fer à cheval) ou fermé. Il est conçu pour mimer les propriétés naturelles de l'orifice valvulaire.

Dernière mise à jour le : mer 13/04/2022 - 09:50
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Financé par l’Agence nationale de la recherche à hauteur de plus de 5 529 000 euros, et par un consortium privé (près de dix millions d’euros), Iceland est mené en collaboration avec les universités de Lyon, Grenoble, Saint-Étienne et Paris. Les premiers essais cliniques devraient débuter en 2025.