Troubles du comportement alimentaire : un accompagnement spécifique pour les proches

02/06/2022 Journée mondiale des troubles des conduites alimentaires (TCA)
Le centre référent pour l’anorexie et les troubles du comportement alimentaire des HCL développe de nouveaux concepts pour mieux accompagner les parents et les fratries des patients présentant des TCA.

L’anorexie mentale, la boulimie et l’hyperphagie boulimique sont des pathologies multifactorielles complexes. Ces troubles des conduites alimentaires (TCA) touchent près de 900 000 personnes en France, en particulier de jeunes adolescentes et constituent la 2e cause de mortalité prématurée chez les 15 24 ans, juste après les accidents de la route selon l'Assurance Maladie.

Des ateliers collectifs pour mieux comprendre la maladie

A partir de cet été, le centre référent pour l’Anorexie et les Troubles des conduites alimentaires (CREATyon) des HCL, situé au sein de l’hôpital Pierre Wertheimer, proposera des ateliers collectifs pour les familles. Ces ateliers porteront sur deux thématiques : la gestion des repas et la connaissance de la maladie.

  • Les ateliers collectifs "gestion des repas" s’adresseront uniquement aux parents. Conçus sous forme de formation, davantage que de discussion, ils proposeront aux parents des grilles de lecture et des outils pour les aider à aborder au mieux le moment du repas. Le premier atelier, ouvert à tous les parents qui le souhaitent, est programmé le 7 juillet. D’autres se dérouleront ensuite à intervalles réguliers.
  • Les ateliers collectifs "connaissance de la maladie" réuniront, eux, les parents et les patients. Comme pour les ateliers "gestion des repas", tous les professionnels du CREATyon (psychologue, pédopsychiatre, diététicienne, psychomotricienne, infirmières) peuvent être amenés à intervenir. Ils évoqueront les différents aspects de la maladie avec le souci d’une meilleure appréhension au quotidien. Quatre à six familles pourront être accueillies lors des séances, prévues elles aussi à intervalles réguliers à partir de cet été.

En marge de ces ateliers pour les familles, le CREATyon va inaugurer des ateliers collectifs à destination des seuls patients, entre 12 et 20 ans. Ces ateliers abordant des thèmes tels que "la vie quotidienne et les TCA" ou "l’activité physique adaptée" constitueront le premier dispositif de groupes accessible, dans la région, aux patients non-suivis en institution (hospitalisation ou hôpital de jour, où ces temps de groupe sont généralement proposés), soit une grande partie des patients.
Ils leur permettront d’échanger sur leurs vécus, d’accéder à des pistes de compréhension et de partager leurs ressources, ce qu’ils n’ont que rarement l’occasion de faire au cours de leur parcours de soins. Lors du premier rendez-vous, le 30 juin, une personne guérie d’anorexie viendra discuter avec les jeunes patients.

Des consultations individuelles pour les proches des patients

Depuis deux ans, le centre référent pour l’Anorexie et les Troubles des conduites alimentaires (CREATyon) propose deux types de consultations pour les proches de patients atteints de troubles de conduites alimentaires.

  • Les "Consultations familles" sont destinées aux familles des patients suivis au CREATyon. Le rendez-vous, qui ne concerne qu’une seule famille à la fois et peut se répéter si besoin, se tient sans la présence du patient. Reçus par une psychologue et une diététicienne, les parents peuvent venir seuls ou accompagnés de leurs autres enfants. Le but est de permettre aux familles de s’exprimer librement, de poser toutes leurs questions, sans avoir peur de heurter la sensibilité du malade. En deux ans, une vingtaine de familles ont bénéficié de ces consultations.

« C’est un temps pour les familles qui n’existait pas dans une prise en charge traditionnelle. Nous tâchons de permettre une expression des ressentis de chacun, d’apporter des explications à leurs interrogations et leur présentons tous les dispositifs pour les familles existant dans la région ». Perrine Bertrand, psychologue au sein du CREATyon.

  • Les "Temps d’échanges frères et sœurs" permettent d’apporter des réponses aux fratries, qui, contrairement aux parents, n’ont pas de contact direct avec les professionnels de santé et peuvent parfois manquer d’informations sur la maladie de leur frère/sœur. Organisés pendant les vacances scolaires, quatre fois par an, ils se déroulent en groupes de plusieurs fratries, pour les 7-13 ans et les 14-25 ans. Près de 80 frères et sœurs de patients ont participé à ces temps d’échanges depuis 2020.

« Être frère ou sœur d’un patient, c’est difficile, y compris au sein de la cellule familiale. Avec ces échanges en groupes, ils se sentent moins seuls, moins démunis. Ils prennent aussi conscience de leur rôle : ils ne doivent pas changer leurs habitudes, mais au contraire apporter leur joie de vivre à leur frère/sœur. Ces moments de discussion sont importants et

Des maladies graves, en augmentation et souvent sous-diagnostiquées

« Les cas de TCA, d’anorexie mentale notamment, ont fortement augmenté avec la crise sanitaire. Les demandes de prise en charge dans notre centre référent TCA ont été multipliées par trois, à partir de 2021. Il y a de plus en plus d’anorexies pré pubères, dès l’âge de 10 12 ans. Mais, la guérison totale est tout à fait possible. Il n’y a pas de fatalité. C’est le message que nous nous efforçons de faire passer aux familles » souligne le Dr Diane Morfin.

  • Graves : en 2014, dans le Rhône, 300 personnes de + de 12 ans ont été hospitalisées dans des services de médecine à cause de leurs troubles du comportement alimentaire. En psychiatrie, on a enregistré 2300 séjours pour ces pathologies. 7 à 10% des personnes touchées en meurent.
  • En augmentation : en 5 ans, + 17% d’hospitalisations. Avec un abaissement de l’âge des jeunes touchés, notamment chez les pré-pubères (moins de 13 ans). Le centre a même reçu des fillettes de 8/9 ans.
  • En grande errance thérapeutique et sous-diagnostiqués : 2,5% de la population sont atteints… Ces troubles touchent les jeunes filles (avec un pic à 12/14 ans et à 15/17 ans), mais aussi des garçons (1 homme pour 9 femmes). On peut, à tout âge, développer un trouble alimentaire (après une ménopause, par exemple).  

« J’ai été alertée par l’aménorrhée de ma fille et par sa perte de poids », raconte la maman de Marine, anorexique de 17 ans. « On ne trouvait pas comment faire prendre en charge Marine. Les psys cherchaient à nous faire rentrer dans une case. Dans ce centre CREATyon, on a trouvé une écoute bienveillante. Ils ont aussi évalué ses problèmes physiques car elle est en pleine croissance ».

Dernière mise à jour le : lun 12/09/2022 - 09:40
Blocs libres

Voir l'interview du Dr Diane Morfin dans l'émission Entre-deux de France 3 Auvergne-Rhône-Alpes.

Les troubles des conduites alimentaires
- L’anorexie mentale touche environ 1,2 % des femmes et 0,25 % des hommes. Dans plus de 80 % des cas, les personnes atteintes sont des femmes, avec un pic de fréquence entre 13 14 ans et 16 17 ans.
- La boulimie concerne 1,5 % des 11 20 ans et touche en majorité les femmes (75 % des cas). Le pic de fréquence se situe vers 19 20 ans.
- L’hyperphagie boulimique touche autant les hommes que les femmes, et apparaît plutôt à l’âge adulte. Elle touche environ 3 % de la population.