"La méditation de pleine conscience, une aide pour dépasser la maladie", Hervé, patient des HCL 

Il a renoué avec la pratique de méditation de pleine conscience depuis début 2025, dans le cadre de son suivi en cancérologie. Il partage son expérience avec le souhait d’être utile aux patients qui, comme lui, vivent au quotidien avec la maladie. Le moyen de se détacher des pensées négatives et aller vers l’essentiel.

"Dans le contexte hospitalier, cela m’a étonné que l’on propose la méditation. Je voyais l’hôpital comme une organisation plutôt traditionnaliste" : c’est dans la salle d’attente du service de dermatologie de l’hôpital Lyon Sud que Hervé a découvert cette offre inattendue : "Une affiche indique que des séances de méditation de pleine conscience sont proposées aux patients. J’avais pratiqué il y a une dizaine d’années. Tout d’un coup, cela m’a paru comme une évidence."

"J’ai réévalué l’ensemble de mes priorités"

Universitaire lyonnais, Hervé a vu sa vie basculer en 2022, quand les médecins de l’hôpital Édouard Herriot font le diagnostic d’un mélanome. S’en suivent deux curages ganglionnaires, avant le traitement par immunothérapie en septembre. "Début 2023, les examens ne sont pas bons. Le cancer continue à métastaser, le traitement ne ralentit pas son agressivité." L'anxiété, le stress, parfois même le désespoir, assaillent son quotidien. 

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un homme de dos, avec un bonnet, un sac à dos et un manteau, marche dans la neige dans la forêt
Adepte des activités respectueuses de la nature, Hervé a vu sa vie basculer en 2022, quand les médecins de l’hôpital Édouard Herriot font le diagnostic d’un mélanome.

 

Hervé est un sportif qui aime la montagne. Pour cet Isérois, elle représente un terrain de jeu formidable situé au bout de son jardin. Parapente, randonnée, c’est un adepte des activités respectueuses de la nature, éloigné d’une vision industrialisée des sports de montagne. Pour l’heure, il lui faut se battre contre ce cancer diagnostiqué au stade métastatique. "J’ai réévalué d’une manière complète et fondamentale l’ensemble de mes priorités, partage-t-il. À ce moment-là, j’ai remis sur le métier les décisions importantes prises avant la maladie. Ce réexamen a finalement été positif." 

Nouveau départ

Porteur d’une mutation génétique (dite BRAF) favorisant la multiplication des cellules cancéreuses, il se voit proposer, par le Pr Stéphane Dalle et son équipe, un traitement qui cible précisément la protéine mutée. Deux ans plus tard, cette thérapie ciblée a fonctionné : il est en rémission mais sous surveillance. Il doit se rendre tous les mois à l’hôpital de jour, pour son suivi.

Le traitement, - deux pilules le matin et quatre le soir -, ne va pas sans effets secondaires. "Des effets qui vont et viennent. De l’asthénie, cette faiblesse générale qui s’empare de moi certains jours... Et puis la thérapie ciblée n’est pas anodine, elle est aussi rétinotoxique, hépatotoxique et cardiotoxique [toxique pour la rétine, le foie et le cœur]", informe-t-il.

C’est après avoir informé l’équipe soignante de son intérêt pour la méditation qu’il a reçu la visite du Dr Sébastien Debarbieux, dermatologue du service. Il est l’un des trois médecins de l’hôpital Lyon Sud à l’origine du projet. "Il m’explique comment ça va se passer, avec une séance hebdomadaire de 2h30 pendant huit semaines. Je lui précise que je ne vis pas à Lyon, et j’apprends alors que des séances à distance vont aussi être proposées." À l’aise avec le distanciel, Hervé s’inscrit déjà convaincu de l’utilité de la démarche. 

Investir le présent

La première séance s’est déroulée en fin d’après-midi. Bien que le contexte ne soit pas des plus favorables pour la formatrice, elle parvient à tisser un lien avec les participants malgré la distance. "La voix de Sandrine, la formatrice, nous guide. On se concentre sur notre respiration, le corps, la douleur."

Au fil des séances, la méditation de pleine conscience fait son œuvre : "On laisse passer les pensées qui viennent, sans jugement. Il ne faut pas être dans la performance, au contraire, il faut accepter de ne pas avoir le contrôle. On parvient graduellement à guider nos pensées, à les faire remonter comme une bulle de champagne, en se concentrant sur la respiration ou une perception corporelle." Ainsi, Hervé parvient à interrompre le ressassement que la maladie induit inévitablement. "La médiation permet d’observer nos pensées et donc de les désamorcer. Par exemple, si vous êtes en colère, la méditation vous permettra de prendre du recul, de vous détacher."

De nombreuses recherches ont montré les effets de la pleine conscience sur la réduction du stress, de l’anxiété et sur l’amélioration de la qualité du sommeil. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) en reconnaît les effets dans la promotion de la santé mentale et du bien-être. Encore faut-il pratiquer régulièrement... "C’est le plus difficile pour moi. On se dit toujours qu’il y a d’autres choses à faire, mais une fois que l’on a passé un certain seuil, après plusieurs séances, il n’y a plus qu’à surfer sur ses bienfaits.

Aujourd’hui, Hervé a renoué avec une pratique régulière. "Dès que j’en ressens le besoin, je me prévois une séance. J’ai fait le deuil de ma vie d’avant mais la maladie se rappelle à moi quotidiennement. La méditation m’aide à gérer tout ça."

Quant à l’avenir, Hervé le voit "au jour le jour et ce n’est pas plus mal". Et de conclure : "La maladie m’a apporté cela : une capacité à profiter de l’instant présent. Une capacité que la méditation de pleine conscience contribue à renforcer. Si mon témoignage peut inciter à sa pratique, alors c’est très positif."

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