Les nouveaux mots du cancer

Plus on avance dans la lutte contre le cancer, plus la Médecine et la Recherche semblent s’armer de mots compliqués. N’ayez pas peur, c’est pour votre bien ! Si les mots sont compliqués, c’est d’abord parce que les concepts et les technologies utilisées pour mieux cerner et mieux soigner la maladie sont de plus en plus avancés et complexes. Les médecins de l’Institut de Cancérologie des HCL décryptent avec vous quelques-uns de ces mots difficiles à expliquer… parce qu’on les connaît mal.

Au sommaire :

 

Traitements ciblés

C'est quoi ? 

Contrairement à la chimiothérapie qui est un traitement général car il agit dans l'ensemble du corps, les traitements ciblés s’apparentent à de nouveaux médicaments « sélectifs ». C’est-à-dire qui s’attaquent aux cellules cancéreuses en repérant chez elles une cible précise (récepteur, gène ou protéine) et en épargnant au maximum les tissus sains environnants.

Plusieurs thérapies ciblées ont déjà prouvé leur efficacité dans le traitement de certains cancers comme le cancer du sein ou du côlon, et sont alors proposées comme traitements de référence. D’autres, en cours de développement, sont proposées dans le cadre d’essais cliniques, soit en première intention, soit en combinaison avec des traitements établis tels que la chimiothérapie. 

Ca change quoi ?

Si elles ne sont pas dénuées de toxicité, les effets positifs des thérapies ciblées sont largement supérieurs aux négatifs. Les traitements ciblés exposent moins aux risques de nausées, de vomissements et de chute de cheveux.  Les traitements permettent de contrôler la maladie et améliorent la durée et la qualité de vie.

Autres changements majeurs :

  • Le mode d’administration. Les traitements ciblés s’administrent la plupart du temps par voie orale. On peut les administrer plus longtemps que les chimiothérapies et adapter leur rythme en fonction des toxicités.
  • Et la fréquence de prise des traitements : On va donner un traitement plus souvent mais moins fort. Cela peut être tous les jours ou trois fois par semaine avec la différence notable par rapport à une chimiothérapie classique que le patient n’est pas obligé de se rendre à l’hôpital. Il prend son comprimé à la maison, avec un suivi en consultation.

Aux HCL, ça marche comment ? 

Les oncologues HCL proposent très régulièrement à leurs patients des traitements par thérapie ciblée. Ces thérapies sont disponibles en routine pour de nombreux cancers, et également proposés dans le cadre d’essais cliniques. La plupart du temps, ces traitements sont administrés par voie orale ; des traitements tout aussi efficaces, même par comprimé et souvent avec moins d’effets secondaires. 

+ D’info : Visionner la vidéo du Pr S. Couraud - HCL sur les nouveaux traitements du cancer

Parce que le traitement est pris à la maison, il doit être suivi avec rigueur et précaution. Afin de sécuriser la prise de ces anticancéreux oraux et de guider les patients au mieux, les HCL ont mis en place ONCORAL, un dispositif d’accompagnement qui repose sur un duo pharmacien / infirmière d’éducation thérapeutique. 

+ D’info : Visionner la vidéo sur le suivi des chimiothérapies orales - ONCORAL

L’Institut de Cancérologie avance dans le sens d’une médecine de plus en plus personnalisée : l’objectif est de pouvoir offrir aux patients, en fonction du stade de leur maladie, de la gravité de leurs symptômes et aussi beaucoup en fonction de leurs préférences et de leur train de vie, tel ou tel type de médicaments.

L'Immunothérapie

C'est quoi ? 

C’est un traitement qui a pour objectif de renforcer le système immunitaire du patient pour lutter contre le cancer. Il s’agit d’utiliser les propres défenses du patient pour les renforcer afin qu’elles aillent à leur tour détruire les cellules cancéreuses.

Ca change quoi ?

C’est d’abord plus efficace dans de nombreux cancers incluant le mélanome de la peau, le cancer du poumon, certains lymphomes, les cancers de la vessie, des cancers de la bouche et de la gorge.
De nombreuses perspectives existent dans plusieurs autres situations. L’immunothérapie est une nouvelle stratégie de traitement innovante à disposition des médecins et patients.
Ces traitements sont aussi le plus souvent très bien supportés par les patients. Les effets secondaires sont le plus souvent  contrôlables dans les mains d’équipes entraînées à l’utilisation de ces traitements. Les HCL ont à ce titre mis en place un dispositif de gestion des toxicités des immunothérapies, nommé ImmuCare, visant à prendre en charge de rapidement et efficacement ces complications. 

 

Aux HCL, ça marche comment ? 

Les Hospices Civils de Lyon font partie des quelques hôpitaux universitaires qui ont participé au succès de l’immunothérapie depuis plus de 10 ans. Les médecins HCL ont largement contribué à la démonstration de l’efficacité de l’immunothérapie dans le traitement des cancers.
Les patients suivis aux HCL ont depuis lors constamment accès à l’innovation et sont traités en avant-garde, dans le cadre de programmes de recherche clinique internationaux.
L’amélioration de ces traitements est constante. De multiples équipes médicales participent tous les jours au sein des HCL à ces progrès et les mettent à disposition des patients. Médecins et patients contribuent à une meilleure connaissance et maitrise de l’immunothérapie afin de tendre au maximum vers une médecine certes personnalisée mais aussi de précision.
 
 

La génomique

C'est quoi ? 

C’est l’étude de notre patrimoine génétique et en particulier de nos gènes, contenus dans chacune de nos cellules. Nous avons tous des variations génétiques qui nous rendent uniques. Nos gènes sont exprimés de manière différente en fonction des tissus (une cellule du cœur ou de la peau sont très différentes alors qu’elles possèdent les mêmes gènes), du moment de la vie (de l’embryon au sujet âgé, les gènes exprimés sont très différents) et de l’environnement (tabac, alcool, pollution, perturbateurs endocriniens, …).

Des anomalies touchant les gènes ou affectant la régulation de leur expression sont responsables de maladies chez l’Homme : déficiences intellectuelles, myopathies, diabète, cancer...

La génomique est aussi une discipline de biologie médicale qui fait appel à différentes technologies de pointe dont le séquençage haut-débit. Ces techniques peuvent être ciblées sur quelques gènes d’intérêt dans une maladie spécifique ou à l’inverse, permettre d’étudier le génome dans son ensemble.

Ca change quoi ?

Appliquée à la cancérologie, la génomique permet de dresser la carte d’identité des tumeurs. Ces informations vont permettre au médecin de :

  • Préciser le diagnostic de cancer, en complément des informations cliniques, de l’imagerie médicale et de l’anatomopathologie.
  • D’évaluer son pronostic. Cette tumeur est-elle agressive ? Quel est son risque de récidive ?

La génomique va surtout permettre personnaliser la prise en charge de chaque patient en adaptant le traitement à SA tumeur, avec ses caractéristiques propres. De nombreuses molécules appelées thérapies ciblées font aujourd’hui parties de l’arsenal thérapeutique de l’oncologue. Il est très important d’identifier en amont les tumeurs qui vont répondre à ces traitements,  pour traiter le patient le plus efficacement possible, limiter les toxicités mais également le coût pour la sécurité sociale.

Aux HCL, ça change quoi ?

Le développement de la génétique des cancers a été rendu possible grâce au soutien de l’Institut National du Cancer (INCa). Aujourd’hui, 28 plateformes hospitalières (dont celle de l’Institut de Cancérologie des Hospices Civils de Lyon) sont réparties sur l’ensemble du territoire et réalisent ces analyses de génomique, à la demande des cliniciens de la région. Les résultats sont ensuite discutés en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) aux HCL, afin de décider du meilleur traitement à mettre en place. Le patient peut, dans certains cas, se voir proposer un essai clinique aux HCL et ainsi bénéficier de thérapies innovantes comme l'immunothérapie.

L’Etat français souhaite mettre en place à l’horizon 2025 le Plan France Médecine Génomique 2025, un plan global d’accès aux analyses génomiques pour les patients atteints de maladies rares et de cancers. Le projet AURAGEN qui regroupe l’ensemble des acteurs de la région Auvergne Rhône-Alpes a été retenu comme l’une des deux plateformes pilotes au niveau national. Cette plateforme de séquençage très haut-débit localisée à l’hôpital Edouard Herriot et dont le responsable médical est le Pr Damien Sanlaville (généticien aux HCL) réalisera les analyses de la moitié Sud de la France dès le mois de mars 2019.

En parallèle, l’Institut de Cancérologie des HCL développe  de nombreuses approches innovantes en oncologie moléculaire. C’est par exemple le cas du programme de "biopsie liquide" CIRCAN, qui permet d’analyser les caractéristiques génétiques des tumeurs à partir d’une simple prise de sang. Cette approche très peu invasive est très utile pour suivre les patients atteints de cancer du poumon durant leur traitement. Elle permet de détecter précocement les résistances et d'adapter au mieux leur prise en charge.

Le CHU est également en pointe sur le développement de signatures d’expression génique, utilisant la technologie Nanostring. Ces tests phénotypiques (qui étudient non pas les gènes mais comment ils sont exprimés) permettent par exemple :

  • De prédire le risque de récidive d’une tumeur du sein au moment de la chirurgie. Si ce risque est faible, l’oncologue pourra proposer à sa patiente de ne pas recevoir de chimiothérapie adjuvante afin de lui épargner les toxicités liées.
  • De prédire la réponse à l’immunothérapie afin d’adapter au mieux l’utilisation de ces molécules innovantes à chaque patient selon son profil. Les HCL viennent d’investir dans une technologie révolutionnaire d’imagerie moléculaire sur coupe (GeoMx Digital Space Profiler), pour laquelle ils sont l’un des deux centres d’Excellence en Europe. Cette technologie va permettre d’amener les analyses moléculaires directement sur la lame de tissu (et non plus dans un tube) et ainsi de mieux comprendre la biologie de la tumeur dans l’espace. Etudier l’impact du microenvironnement tumoral sur la réponse au traitement, comprendre comment l’hétérogénéité au sein de la tumeur influence le système immunitaire... autant de questions ouvertes auxquelles les médecins-chercheurs des HCL auront la capacité de répondre à présent.

Enfin le niveau de complexité des données générées par ces nouvelles approche nous pousse à développer des stratégies d’analyse basées sur l’Intelligence Artificielle mais en gardant toujours à l’esprit la finalité des HCL : promouvoir une médecine humaine et d’excellence pour chacun, tout au long de sa vie !

L'intelligence artificielle

C'est quoi ? 

On regroupe sous le terme d’intelligence artificielle un ensemble de théories et de techniques permettant à des machines de réaliser des tâches en simulant une intelligence humaine. Ces méthodes permettent de résoudre des tâches complexes par apprentissage. 

Ca change quoi ?

L’IA constitue une évolution disruptive en santé. A l’hôpital, son intérêt premier est d’assister les médecins en réalisant à leur place, plus vite et plus finement, des tâches fastidieuses et chronophages (par exemple, le traitement de données massives et complexes telles que l’analyse d’images) ou en offrant un outil d’aide à la décision. Dans une médecine toujours plus technique, elle permettra ainsi de redonner du temps à la relation singulière médecin-patient et de remettre le patient au cœur du dispositif. Ce faisant, le patient bénéficiera d’un diagnostic et d’une prise en charge plus rapides, plus précis, personnalisés.

Aux HCL, ça marche comment ? 

Les HCL ont créé, au printemps 2018, une commission Intelligence Artificielle (CIA).Elle rassemble :

  • Des praticiens de différentes disciplines : médecine, chirurgie, anatomopathologie, biologie.
  • Des experts en méthodologie statistique : biostatisticiens médecins et ingénieurs.
  • Des experts de la Direction des Services Informatiques : directeur, ingénieurs, chercheurs.
  • Tous avec un fort intérêt et/ou une connaissance des méthodes en IA.

Les objectifs de la commission sont de développer et de coordonner l’émergence de l’IA aux HCL pour in fine offrir une visibilité de l’Institution pour les chercheurs, les industriels. Cette mission passe par la structuration de la démarche (juridique, éthique, propriété intellectuelle...) et la création d’une task force d’appui aux projets.

Les biosimilaires

C'est quoi ?

Un médicament biosimilaire est un médicament qui, comme tout médicament biologique1 est produit à partir d’une cellule, d’un organisme vivant ou dérivé de ceux-ci, et qui est similaire en tous points à un médicament biologique déjà autorisé, communément appelé « produit médical de référence ».
Pour être commercialisés, les biosimilaires doivent attendre que le médicament biologique de référence ait perdu son exclusivité (fin des brevets et de la période de protection des données), soit en général une douzaine d’années après la mise sur le marché du médicament de référence.
 

La production d’un médicament biologique est contrôlée par plus de 250 essais effectués en cours de fabrication. L’autorisation de mise sur le marché d’un médicament biosimilaire répond à des exigences réglementaires strictes afin de démontrer que sa qualité pharmaceutique, son efficacité et ses effets indésirables sont cliniquement équivalents à ceux du médicament de référence.

Ca change quoi ?

Le patient ne perçoit pas de différence dans sa prise en charge avec un médicament biosimilaire par rapport à ce qu’il connaissait avec son médicament biologique de référence :

  • L’efficacité et la tolérance des substances sont équivalentes.
  • Les doses, la voie et la fréquence d’administration sont les mêmes.
  • Le suivi du traitement par le corps médical est également identique.

La mise à disposition des médicaments biosimilaires a un double intérêt :

  • De santé publique en facilitant l’accès aux soins : augmenter le nombre de médicaments biologiques disponibles permet de limiter les tensions d’approvisionnement et de prévenir les ruptures de stocks et/ou les accidents de production. Ceci permet de garantir aux patients le maintien de l’accès à leurs traitements.
  • D’un point de vue économique : stimuler la concurrence et induire une baisse des prix des médicaments biologiques en garantissant la sécurité et la qualité des traitements. 

Aux HCL, ça marche comment ? 

L’achat de médicaments biosimilaires aux HCL, en cancérologie, concerne essentiellement deux anticorps monoclonaux : le rituximab (lymphomes et leucémies) et le trastuzumab (cancer du sein).

Le médicament biosimilaire est choisi à l’issue d’une concertation entre les médecins oncologues de l’Institut de Cancérologie des HCL, les pharmaciens de la Commission du Médicament et des Dispositifs Médicaux (COMEDIMS) HCL et la Direction des Achats. Le débat étant évidemment mené avec la volonté affirmée de garantir les meilleures chances d’efficacité aux patients et une tolérance maximale des traitements.

Le médicament étant similaire en tout point à la qualité, la sécurité et l’efficacité du médicament de référence, les HCL s’assurent avant tout de la fiabilité du fabricant afin d’éviter toute difficulté d’approvisionnement. Les économies réalisées permettent de réinvestir au bénéfice du patient, dans le but de lui proposer un accès à des thérapies toujours plus innovantes et sûres.

 

1 : Les médicaments biologiques ont démontré leur efficacité dans le traitement du cancer, du diabète ou de maladies auto-immunes telles que la sclérose en plaques ou l’arthrite rhumatoïde. Concernant le cancer, ces médicaments sont pour l’essentiel des cytokines (qui stimulent la production de globules blancs par la moelle osseuse) ou des anticorps monoclonaux.