Consulter un medecin

Quand l'imagerie post mortem complète l'autopsie

Publié le 15-07-2020
À l’institut de médecine légale de l’hôpital Edouard Herriot, l'imagerie post mortem contribue à la recherche des causes de décès et, si nécessaire, à l’identification des corps.

Sur son écran d’ordinateur, la Dr Emmanuelle Delmarre observe les coupes axiales d’un corps que le scanner a permis de reconstituer. Des corps étrangers métalliques forment une constellation d’impacts de l’épaule à l’abdomen. Ces points scintillants établissent la dispersion de la gerbe de plombs, permettant d’évaluer la distance du tir ayant atteint la victime. Ce que ne dit pas l’image bien sûr, ce sont les circonstances du tir, volontaire ou non. En médecine légale, le médecin fait parler les corps pour que justice leur soit rendue. « C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité devenir médecin légiste » , confie-t-elle. Une motivation commune à tous ces médecins plongés au quotidien dans les noirceurs de l’âme humaine.
Depuis les années 2000, la médecine légale s’appuie sur le scanner pour compléter l’autopsie. « En cinq minutes, le corps entier est scanné. » Pratique, – le corps demeure dans sa housse –, rapide et précise, la tomodensitométrie (autre nom du scanner) révèle ce que l’autopsie ne peut habituellement pas voir, comme certains os non explorés par la dissection ou des embolies gazeuses difficiles à mettre en évidence. Elle permet aussi de mieux établir la trajectoire des projectiles* et même de contribuer à la datation des décès sur des cadavres altérés. Les coupes fines obtenues vont plus loin encore, puisqu’elles peuvent reconstituer les parties gravement fracturées et révéler par exemple les traits d’un visage disparu.

Une expertise en quête de vérités

Pour remplir pleinement sa mission, l’imagerie post mortem nécessite un regard expert. En effet, après la mort, les vaisseaux deviennent perméables et les liquides corporels migrent dans les parties déclives du corps. Les gaz produits par la pullulation microbienne diffusent dans le corps et les tissus se liquéfient. Comment dès lors distinguer un épanchement sanguin dû à un anévrisme d’un autre provoqué par arme blanche ? Et cette accumulation de sang sous la peau est-elle due à un coup ou à une perfusion prescrite au cours d’une réanimation ? Pour répondre, l’Institut médico légal (IML) peut désormais compter sur la Dr Delmarre. Après deux années passées aux hôpitaux universitaires de Genève, de 2017 à 2019, centre de référence international en imagerie post mortem dirigé par la Pr Silke Grabherr, c’est elle qui affine les comptes-rendus avec les radiologues de l’équipe du Pr Olivier Rouvière. Ce travail participe aujourd’hui à la révélation des causes précises du décès. Il peut aussi contribuer à l’identification des corps.


L’imagerie post mortem a permis
d’émettre l’hypothèse de deux tirs
consécutifs auto-infligés versus
l’hypothèse d’un homicide, ce que
l’autopsie a ensuite confirmé.

« Un corps en état de putréfaction conserve la structure osseuse de ses sinus », informe-t-elle, « or chaque sinus étant unique, le scan peut nous aider à identifier la personne retrouvée. »

Pour le Pr Laurent Fanton, chef du service de médecine légale à l'hôpital Edouard Herriot, investi dans la recherche en imagerie post mortem, « tout médecin légiste doit acquérir cette expertise au cours de sa formation ». Une expertise indispensable au service de la justice.

*En pénétrant dans le corps, les balles laissent des particules fines que les rayons X détectent.

Coordonnée par le chercheur Sébastien Valette (Labo Creatis, CNRS, Inserm), en collaboration avec le Pr Laurent Fanton, l’étude internationale Towards Open Pacs Analysis (universités de Lyon, Saint-Étienne et Centre universitaire romand de  médecine légale) permettra de confirmer la pertinence de l’intelligence artificielle appliquée à l’imagerie post mortem à partir des données de plus de vingt  mille scans. Ou, par exemple, comment optimiser l’évaluation du profil biologique (âge, taille,  sexe), ou le degré d’altération du corps en fonction du temps écoulé après décès. « Cette approche plus rapide et moins mutilante que l’autopsie pourrait éviter le prélèvement, la préparation et l’analyse subjective des os, avec des mesures objectivées », explique le Pr Laurent Fanton.

Retrouvez plus de reportages sur la chaîne YouTube et la page Facebook des HCL.

Voir aussi :

- Médecine légale : des missions terriblement humaines
- Quand la médecine éclaire la justice