Un « Hub prévention » innovant pour faire des patients les acteurs de leur prise en charge
D’après l’Organisation Mondiale de la Santé, les maladies cardiovasculaires sont la principale cause de décès au niveau mondial. En 2022, 19,8 millions de personnes en sont mortes, soit environ 32 % de tous les décès recensés. En ajoutant les maladies dites « métaboliques » comme le diabète, certains cancers et les maladies respiratoires chroniques, les pathologies "non-transmissibles" sont responsables, au total, de près de trois-quarts des décès dans le monde. Or, une large part de ces maladies est liée à des facteurs de risque comportementaux modifiables : tabagisme, sédentarité, alimentation déséquilibrée, stress…
Reconnue comme essentielle pour y faire face, la prévention se heurte, pour sa part, à de nombreux obstacles : méconnaissance par les patients, difficultés d’accès à une information fiable, objectifs perçus comme inatteignables, consultations spécialisées (diététique, activité physique adaptée) chères et/ou mal remboursées, manque de temps et/ou de formation des professionnels de santé, prise en charge fragmentée… Même après la survenue d’un premier événement clinique, la réalité du terrain reste décourageante : six mois après un infarctus ou une revascularisation, 55% des fumeurs continuent de fumer, 42 % des hypertendus n’atteignent pas leurs objectifs et 38 % des obèses ne perdent pas de poids. Autre phénomène, l’inobservance thérapeutique : plus de la moitié des patients abandonnent ou prennent de façon variable leur traitement, ce qui contribue à 9% des événements cardiovasculaires en Europe.
40 % des incidents cardiovasculaires pourraient être évités avec un autre comportement
« Pour nous, professionnels de santé, ces situations sont d’autant plus frustrantes qu’elles sont souvent évitables. Plus de 40% des accidents cardiovasculaires pourraient être prévenus par une modification du mode de vie. Pourtant, au quotidien en consultation, nous constatons combien il est difficile d’accompagner durablement les patients dans ces changements. Ces constats nous ont conduits à imaginer une nouvelle approche : un lieu transversal, avec une prise en charge holistique et pluridisciplinaire, débutant à l’hôpital et se poursuivant en ville. L’objectif est d’aider les patients à transformer durablement leurs habitudes, en renforçant leur « pouvoir d’agir » pour qu’ils deviennent pleinement acteurs de leur santé », décrit le Pr Hélène THIBAULT, cardiologue à l’hôpital Louis Pradel-HCL, à l’origine de la création du "Hub prévention" aux côtés du Dr Cyrille BERGEROT (cardiologue), des Prs Sybil CHARRIERE (médecin en nutrition) et Laura MECHTOUFF (neurologue vasculaire).
Officiellement inauguré en mars 2026, ce "Hub prévention" a d’abord été un projet lauréat de l’Appel à projets innovants des HCL, qui, chaque année, récompense les meilleures idées novatrices conçues au sein du CHU. Car il s’agit bien d’une innovation, presque un changement de paradigme, avec un service pensé en dehors des filières de soins traditionnelles. Composé d’une équipe pluridisciplinaire rarement réunie, le Hub propose une prise en charge, sur une journée complète, entièrement personnalisée, pluridimensionnelle et impliquante. Cet "hôpital de jour de prévention" transforme ainsi le patient en acteur de sa prise en charge, dans une structure inédite en France. Situés au coeur de l’hôpital Louis Pradel, ses locaux, dédiés aux patients, ont d’ailleurs été conçus en concertation avec des patients eux-mêmes, dans un esprit accueillant, chaleureux et favorisant leur autonomie.
Un lieu conçu pour et par les patients
C’est l’une des particularités du Hub. Conçu pour les patients, il l’a été aussi par les patients eux-mêmes, dans le cadre du programme PEPS (Partenariat Expérience Patient en Santé) des HCL. Dès l’origine du projet, trois "patients-partenaires", Martine, Christophe et Sandrine, se sont plus particulièrement impliqués, répondant à l’appel du Pr THIBAULT et de ses équipes.
« L’idée de participer à la création du Hub m’a tout de suite séduit. C’était une belle occasion de faire bénéficier de ma propre expérience, de mettre mon ressenti, mon propre cheminement au service de cette structure, auprès de patients atteints par les mêmes pathologies que moi, pour les pousser vers une guérison plus rapide », relate Christophe.
En collaboration avec les professionnels de santé, les trois patients ont notamment travaillé sur l’aménagement du lieu, en choisissant un mobilier coloré et chaleureux, à l’image du canapé jaune vif de la salle d’accueil. Ils ont aussi contribué à la construction des parcours, en axant sur l’autonomie. « Pendant sa journée au Hub, le patient est actif et participe ; il réchauffe son repas, par exemple, il n'est pas dans un lit à attendre qu’on lui serve son plateau », explique le Pr THIBAULT.
Tous les trois porteurs d’au moins deux facteurs de risques cardiovasculaires ou métaboliques, ils ont surtout participé à l’élaboration de questionnaires sur les profils des patients, qu’ils ont eux-mêmes testés en figurant parmi les tout premiers participants au dispositif. Par la suite, leurs retours ont conduit à de nouveaux ajustements dans l’organisation du dispositif.
« Notre contribution personnelle a été modeste. Le Hub est avant tout une oeuvre collective. Mais, je suis très heureuse d'avoir pris part à cette belle aventure. Elle est arrivée au moment où je remettais en question mon mode de vie et elle m'a confortée dans mes choix. J’espère maintenant que de plus en plus de patients emprunteront ce chemin », conclut Martine.
Un parcours structuré sur 6 mois
Ouvert de façon expérimentale deux jours par semaine (mardi et jeudi) depuis fin septembre 2025, le Hub a depuis accueilli, essentiellement, des patients suivis aux HCL, en prévention secondaire ou tertiaire - ayant déjà subi un incident cardiovasculaire. Mais, l’objectif est désormais de recevoir, également, des patients de ville, sur adressage de professionnels, et plus en amont, avant même la survenance de tout événement. Seul critère pour tous les patients admissibles, présenter au moins deux facteurs de risques cardiovasculaires ou métaboliques modifiables : tabagisme, anxiété/dépression, surpoids/obésité, sédentarité/faible niveau d’activité physique, diabète de type 2, hypertension artérielle, dyslipidémies…
Concrètement, le parcours du Hub est structuré sur six mois et articule temps hospitaliers et suivi à domicile, en lien étroit avec les professionnels de santé de ville. Une fois le patient entré - de façon volontaire - dans le dispositif, tout commence par un appel avec l’infirmière de coordination pour cerner ses besoins et construire un parcours sur mesure. Vient ensuite une première journée au Hub, au cours de laquelle il rencontre plusieurs professionnels de l’équipe pluridisciplinaire : médecins de différentes spécialités (cardiologue, endocrinologue, médecin vasculaire), diététiciennes, addictologues, psychologues, psychiatres, pharmaciens et enseignants en activité physique adaptée.
Après six mois d’expérimentation, des premiers retours très positifs
Le patient construit alors lui-même ses objectifs avec les professionnels de santé pour les six mois à venir, dans une démarche délibérément active. À l’issue de cette journée, un suivi régulier est maintenu : appels téléphoniques motivationnels, messages, contacts de l’infirmière à un et trois mois. À six mois, le patient revient pour une nouvelle journée de consultations ciblées et une synthèse médicale, avant de sortir du dispositif avec des relais identifiés - associations sportives, professionnels de santé de proximité - pour pérenniser les changements amorcés. L’équipe reste disponible si le patient ou son médecin généraliste souhaitent un retour ponctuel.
Si le parcours est individualisé, les professionnels du Hub proposent, en complément, la tenue de certains ateliers en groupe, notamment celui sur la compréhension des facteurs de risques, qui se déroule sous la forme d’un jeu participatif. « Nous croyons beaucoup aux ateliers collectifs. Ils offrent la possibilité de discuter, de se sentir moins seuls face à une problématique et de trouver de la motivation ensemble. Les consultations individuelles restent essentielles, mais ce mix des deux apporte une réelle force au parcours », souligne le Dr Cécile BAILLY, médecin vasculaire, qui assure la responsabilité de l’organisation du Hub aux côtés du Pr Hélène THIBAULT, cheffe de service.
Au cours des six mois d’expérimentation, de fin septembre à fin mars, la structure a accueilli plus de 120 patients, avec une quasi-parité (51% de femmes), ainsi qu’une diversité d’âges (34 à 83 ans) et de profils socio-professionnels (56 % de retraités, 20 % d'actifs et 19 % sans activité professionnelle). 96 % de ces patients ont suivi un parcours intégrant l'activité physique adaptée et la diététique. Les autres interventions concernent l'addictologie (18 %), la pharmacie (11 %), la gestion du stress (18 %) et la santé mentale (14 %).
Dans les tout prochains jours, les premiers résultats concrets, après six mois d’accompagnement pour les premiers patients entrés dans la démarche, permettront de juger de l’efficacité réelle du dispositif et de procéder à d’éventuels ajustements. Mais, d’après les questionnaires de satisfaction remis à chaque participant à l’issue de leur journée initiale passée au Hub, les premiers retours s’avèrent très positifs. Les patients plébiscitent l’aspect « hors cadre » et « chaleureux » du lieu, dans lequel ils se sentent « comme à la maison ». Surtout, la compréhension des enjeux est très concrète : au terme de la journée, 98 % des participants estiment que leurs objectifs de santé sont clairs.
Faire du Hub un centre pilote en matière de prévention sur le territoire lyonnais
A court terme, les professionnels espèrent ainsi pouvoir monter en puissance. A partir de septembre 2026, l’objectif sera d’atteindre 400 patients par an, soit une dizaine par semaine, en accueillant davantage de personnes en prévention primaire, de patients venus de la médecine de ville - grâce à des collaborations à venir avec les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) du territoire -, mais aussi de professionnels des HCL, à qui un parcours est également proposé via la médecine du travail, dans le souci de « prendre soin de ceux qui soignent ». Une autre ambition est de pouvoir attirer les patients les plus vulnérables, ceux chez qui les facteurs de risques sont les plus développés. « Nous avons construit un modèle de financement original, pensé pour être durable, qui nous permet de nous autofinancer. Cela garantit l’accès au Hub à tous les patients qui en ont besoin, quelle que soit leur situation financière. Pouvoir élargir la prévention à tous, de façon équitable, représente quelque chose de très important pour nous », affirme le Pr Hélène THIBAULT.
A plus long terme, le Hub prévention des HCL, pionnier du genre en France, vise à devenir un véritable centre pilote en matière de prévention pour l’ensemble des acteurs de santé de la région. Ses responsables prévoient, pour cela, de partager, dès que possible, leurs outils, méthodes et résultats avec d’autres établissements, en synergie avec les universités et les équipes de recherche locales, notamment celles des laboratoires CarMen et RESHAPE qui sont associés au dispositif sur le versant recherche. En parallèle, ils entendent aussi, et surtout, diffuser une culture de la prévention au-delà des murs du CHU, en renforçant la formation des professionnels de santé du territoire, ainsi qu’en se rendant au contact direct de la population, dans une démarche "d’aller vers". Ce sera notamment le cas avec la participation d’une équipe du Hub à l’opération "Bus du Coeur des Femmes", les 27, 28 et 29 mai prochains, à Décines-Charpieu.
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