One health : que recouvre le concept de santé unique ?

La notion de « santé unique », appelée aussi « une seule santé » ou « one health », recouvre un vaste domaine de compétences et d’investigations, difficile à appréhender. À Lyon, le concept s’incarne avec le programme Shape-Med : une approche pluridisciplinaire qui explore le lien entre la santé humaine, animale, l’environnement et ses écosystèmes.

Une seule santé : définition de l’OMS

L’approche « santé globale » (one health, une seule santé en anglais) s’applique à la conception et la mise en œuvre de programmes, de politiques, de législations et de travaux de recherche, pour lesquels plusieurs secteurs de la santé humaine, animale, végétale et environnementale collaborent en vue d’améliorer la santé publique. Elle reconnaît les liens étroits et l’interdépendance entre la santé des humains, des animaux domestiques et sauvages, des plantes et de l'environnement au sens large (y compris les écosystèmes). Cette collaboration pluridisciplinaire, locale, nationale et mondiale, vise à relever les défis sanitaires tels que l'émergence de maladies infectieuses, la résistance aux antimicrobiens et la sécurité alimentaire, ainsi qu’à promouvoir la santé et l'intégrité des écosystèmes.

 

 

 

 

Le principe «une seule santé» consiste en une approche intégrée qui vise à équilibrer la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes. Partant de là, c’est essayer de comprendre comment toutes ces dimensions interagissent, comment l’une agit sur l’autre et avec quels effets. Le projet Shape-Med s’inscrit précisément dans ce cadre conceptuel d’une définition ouverte de la santé, prenant en compte le contexte social et environnemental. Structuré autour des HCL et de l’université Lyon1, ce projet s’est donné pour objectif de faire converger l’approche «une seule santé» et la médecine 5P (prédictive, participative, personnalisée, préventive et fondée sur les preuves) centrée sur l’individu. La création d’un institut transdisciplinaire en santé réunissant les différentes communautés scientifiques de la médecine, des sciences humaines et sociales, de l’ingénierie, de l’environnement et de la santé vétérinaire, illustre cette stratégie d’ «une seule santé». Cette fertilisation croisée des disciplines et des cultures dynamisera les échanges entre les professionnels de différents horizons et sera un véritable moteur pour la recherche et l’innovation, en lien étroit avec la formation. Dans le contexte post-Covid et du réchauffement climatique, nous avons tous un intérêt à creuser ensemble ce sillon «une seule santé», des interactions entre santés humaine, animale et environnementale.
Pr Delphine Maucort-Boulch, cheffe du pôle de santé publique et vice-présidente de la commission médicale d’établissement des HCL

 

Ce concept montre que toutes les santés, humaine, animale, végétale, environnementale, sont interconnectées. Les liens entre elles peuvent se faire par exemple par l’utilisation d’intrants (pesticides, engrais, NDLR) en agriculture avec des conséquences sur la détérioration des écosystèmes et un impact direct sur les organismes qui y vivent. Plus généralement, les maladies chroniques comme le diabète, l’obésité, les allergies, ont une origine individuelle, sociétale et environnementale. La perturbation des écosystèmes peut aussi favoriser le passage des pathogènes entre les espèces, en augmentant les contacts entre faune sauvage, domestique et êtres humains. Mais la biodiversité peut aussi protéger du risque infectieux quand un pathogène rencontre une diversité d’hôtes, par effet de dilution. Forts de ces connaissances, nous pouvons agir, en amont, sur la qualité des écosystèmes ou la biodiversité (peut-être avec les vecteurs de maladie), ou en prévenant l’évolution des résistances virales ou bactériennes. Dans tous les cas, cela interroge nos pratiques à long terme aussi bien d’un point de vue scientifique qu’éthique. Le concept de santé unique, né du constat que les activités humaines entraînent des changements globaux qui impactent notre santé, interroge notre rapport au monde, à la biodiversité. La réponse ne peut être qu’interdisciplinaire et holistique. 

Fabrice Vavre, biologiste de l’évolution, directeur du laboratoire biométrie et biologie évolutive, UMR 5558 du CNRS et de l'université Lyon 1

 

L’infectiologie est par définition une pratique médicale qui fait le lien entre l’environnement, les écosystèmes, les pathogènes et les maladies humaines et animales. En ce sens, le concept de santé unique est bien connu des infectiologues. Aujourd’hui, la conceptualisation du «one health» permet d’en vulgariser les principes auprès du grand public. Cette dimension est très importante car nous vivons dans un monde interconnecté où l’on ne peut dissocier la maladie, que son origine soit bactérienne, fongique, parasite ou virale, de l’environnement dans lequel la personne l’a contractée. Essayer de comprendre les interactions qui en découlent nous permettra d’accorder plus de moyens dans la lutte contre le changement climatique, de modifier nos modes de vie et nos moyens de production. Chacun peut adapter son comportement à l’écosystème dans lequel il vit. La responsabilité est collective. Shape-Med participe de cette prise de conscience qui nous demande de créer des liens avec d’autres disciplines. Cette transversalité, qui n’est pas habituelle pour nous autres spécialistes, est très intéressante, surtout à Lyon où toutes les compétences sont réunies. C’est l’occasion par exemple d’interagir avec ces sciences humaines et sociales qui décryptent les comportements sociétaux et ainsi d’améliorer nos prises en charge. En résumé, dans une société mondialisée et un monde interconnecté, la communauté scientifique doit elle aussi se globaliser.

Pr Florence Ader, infectiologue, en charge de la commission recherche en santé à la commission médicale d’établissement

 

Médecine environnementale : les HCL s’organisent

En lien avec le concept d’une seule santé, la médecine environnementale s’organise aux HCL. La Pr Audrey Nosbaum, chargée de mission santé et environnement, a été mandatée en janvier 2022 par les HCL (directeur général et président de la CME) et le comité de coordination des études médicales de l’université Lyon 1, pour structurer et promouvoir la santé environnementale. En 2023, un appel à manifestation d’intérêt (AMI) va être lancé dans tous les services des HCL qui prennent en charge les pathologies environnementales (allergologie, infectiologie, pédiatrie, nutrition, cancérologie, etc.). L’OMS considère que 15 % des décès en Europe sont liés à des facteurs environnementaux et comportementaux. La mission s’est donc attachée à dégager une vision large, scientifique et partagée de ce que pourrait être la stratégie santé - environnement aux HCL. L’AMI devra soutenir la construction d’un projet fédérateur autour des données environnementales (pollution de l’air, de l’eau, etc.) de façon à pouvoir les intégrer dans la prise en charge des patients. Ce projet permettra en outre de répondre à des appels à projets dans le cadre du 4e Plan national santé environnement (PNSE), copiloté par les ministères des Solidarités, de la Santé et de la Transition écologique.

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Blocs libres

Article publié dans le magazine Tonic (janvier 2023)

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