50 ans de l’hôpital Louis Pradel : « Une ouverture extraordinaire ! »

Denise Siché et Geneviève Déchanoz nous font revivre l’ouverture de l’hôpital qui fête ses cinquante ans. Le voyage dans un passé encore bien présent.

Elle vient de faire le tour des services « pour vérifier que tout était en ordre », raconte Geneviève Déchanoz. « Pour cette inauguration, nous avons reçu Robert Boulin, ministre de la santé, Joseph Fontanet, ministre du travail et bien sûr Jacques Chaban-Delmas, premier ministre du gouvernement ». ». Elle est alors l’infirmière générale, aujourd’hui on dirait directrice des soins, de l’hôpital cardiologique et pneumologique le plus grand d’Europe. L’établissement a ouvert en septembre 1969, et « dix premiers malades ont été accueillis le 13 octobre 1969 ». En cette journée d’avril 1970, « Tout le monde était sur le pied de guerre ». Seule la moitié des lits est occupée. Au huitième étage, les agents hospitaliers fraîchement recrutés en provenance des îles de La Réunion et des Antilles logent dans les services inoccupés. L’établissement qui compte 500 lits à l’époque tournera à plein régime que quelques semaines plus tard. Son ouverture stimule les personnels. Les équipes médicales et paramédicales sont en effervescence : « Cette ouverture a été extraordinaire. Les médecins, les personnels découvraient un bâtiment neuf. Ils arrivaient de l’Antiquaille, d’Édouard Herriot, de la Croix-Rousse, chacun avec ses anciennes habitudes mais tout le monde avait envie de collaborer. »

À  90 ans, l’ancienne infirmière générale garde intact le souvenir « d’une formidable collaboration avec le corps médical, les surveillantes et le personnel administratif ». Après l’ouverture, celle qui a débuté sa carrière dans les années 50 à l’hôpital Édouard Herriot, accueillera nombre de visiteurs étrangers : « La stérilisation centrale, le bloc opératoire, la salle de sur-vision (et sa verrière qui a permis d’assister aux interventions jusqu’au début des années 2 000, NDR) ont attiré des médecins, des infirmiers, des cadres français et étrangers ». Dans la voix de la nonagénaire, que le temps semble avoir étonnement épargnée, se fait entendre l’enthousiasme d’hier : « Ce fut une aventure passionnante ! » Une aventure humaine et médicale marquée par de grandes avancées auxquelles Geneviève Déchanoz contribuera pleinement.

Denise Siché au bloc en 1972 devant la machine de circulation extracorporelle
Denise Siché au bloc en 1972 devant la machine de circulation extracorporelle
 

Un sentiment d’appartenance qui traverse le temps

« Dans ces années 70, nous étions au cœur du développement de la chirurgie cardiaque », souligne à son tour Denise Siché, en charge à l’époque de la circulation extracorporelle au sein de l’équipe du Pr Pierre Marion. Au début de la décennie, l’intervention de chirurgie cardiaque prend quasiment la journée : « Nous expérimentions et chacun de nous était convié à participer », commente la « pompiste », telle qu’on nommait les infirmiers en charge de la CEC utilisée dans la chirurgie à cœur ouvert. Dans le service où elle exercera sept années durant, de 1969 à 1976, « Nous étions tous solidaires et formions une équipe soudée, aussi bien dans les moments de joie que dans les coups durs », dit-elle. L’infirmière de bloc opératoire est portée par l’émulation que crée l’ouverture de l’hôpital : « Barnard venait de faire sa première greffe, la chirurgie cardiaque allait connaître un formidable essor. Et nous n’avions qu’une envie, celle de réussir. » Elle sera la seule femme pompiste de l’hôpital jusqu’à son changement de poste en 1976. « Lors de l’intervention, il fallait être particulièrement vigilant à ce qu’aucun tuyau ne se torde et empêche le reflux du sang ».

À  l’instar de ses collègues, l’infirmière et mère de famille vit au rythme de l’hôpital « À Noël, au jour de l’an, il fallait être présente en cas d’urgences. » Dans ces années 70, la condition féminine évolue aussi, « la misogynie était présente mais dans l’équipe du Pr Marion, c’était l’inverse. L’entente était énorme. » Le jour de l’inauguration officielle, « Monsieur Chaban-Delmas est passé devant l’entrée du bloc où nous nous tenions tous au garde-à-vous. » Denise Siché partira à la retraite en 1997. Presque trois décennies passées à l’hôpital Louis Pradel et autant « de moments forts partagés qui ont unit chacune et chacun d’entre nous ».

Chez ces anciennes soignantes comme chez celles qui pratiquent actuellement, le sentiment d’appartenance à l’hôpital demeure, au-delà du temps et des épreuves parfois difficiles propres à tout établissement de santé.

Geneviève Déchanoz est co-auteure du Dictionnaire des soins infirmiers et de la profession infirmière, Elsevier Masson. 3e réédition en 2005.
© Hôpital cardiologique, image extraite du reportage de l'ORTF du 17 octobre 1969 - archive INA

 

50 ans de l'hôpital Louis Pradel

Depuis 1969, l’hôpital Louis Pradel concentre des expertises de pointe. Centre d’excellence en recherche comme dans les soins, de nos jours plus de 1 100 professionnels médicaux et paramédicaux y accueillent chaque année plus de 100 000 patients.

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Dernière mise à jour le : mar 26/11/2019 - 09:45
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