Cancer : mieux comprendre la maladie

Résumé
Le cancer est une maladie caractérisée par la prolifération incontrôlée de cellules se développant anormalement au sein de l’organisme. Si l’on parle de « cancer » au singulier, il existe en réalité une multitude de cancers, chacun ayant des spécificités propres et un pronostic variable.

Les mécanismes du cancer

Le cancer apparaît lorsqu’une anomalie se produit dans le cycle naturel de multiplication et de réplication des cellules du corps humain. 

Le cycle cellulaire

Les tissus et les organes du corps humain sont constitués de plusieurs milliards de cellules qui se multiplient selon des mécanismes variés. Dans le principe, une cellule « mère » se divise en deux cellules « filles » qui chacune se divisent en deux, et ainsi de suite. Il s’agit d’un processus naturel chez tout être vivant, qui permet le développement et la régénération de l’organisme. Ce « cycle cellulaire » est normalement régulé afin de contrôler la réplication des cellules.
 

De la cellule à la cellule cancéreuse

Dans le cas du développement d’un cancer, il se produit une lésion au niveau d’un gène situé dans la cellule, entraînant sa mutation. La cellule anormale se multiplie alors de manière anarchique pour donner naissance à des cellules identiques porteuses des mêmes anomalies. 
 

De la cellule cancéreuse au cancer

La cellule cancéreuse se multiplie jusqu’à former un amas appelé tumeur. Certaines tumeurs sont bégnines et peuvent être détruites en cours de croissance par les mécanismes de défense du corps humain. D’autres sont malignes ; leur prolifération se fait au détriment des cellules voisines qui ne peuvent plus assurer leur fonction. C’est à partir de là que l’on parle de cancer.   
 

Du cancer primitif au cancer secondaire (métastases) 

Lorsque le cancer est à un stade avancé, les cellules cancéreuses peuvent proliférer et se déplacer dans une autre partie du corps humain pour envahir les tissus sains. On parle alors de métastases.
Elles peuvent emprunter deux voies :

  • Les vaisseaux sanguins
  • Le système lymphatique, par lequel les nutriments sont distribués dans l’organisme

Ainsi, des cellules cancéreuses du sein peuvent par exemple migrer vers les poumons.

 

Facteurs de risque et prévention

Les mécanismes pouvant provoquer un cancer sont nombreux et de différentes natures. L’apparition d’un cancer n’est jamais liée à une cause unique mais à une addition de différents facteurs, qui parfois interagissent entre eux et multiplient le risque. 

Facteurs de risque externes liés à l’environnement ou au mode de vie

  • Les différents rayonnements (solaires, nucléaires)
  • Certains produits industriels (exposition professionnelle à des toxiques, des pesticides, de l’amiante…)
  • Le tabac et l’alcool
  • Les mauvaises habitudes alimentaires
  • Certains virus ou bactéries : les hépatites B et C peuvent induire des cancers du foie, le virus de l’HPV (papillomavirus humain) des cancers du col de l’utérus, la bactérie Helicobacter Pylori peut favoriser le cancer de l’estomac.

Facteurs de risque internes

 

  • L’âge. Le vieillissement entraîne une perte de la capacité de réparation des cellules, concourant à une  accumulation d’anomalies. C’est ce qui explique que l’incidence des cancers augmente avec l’âge. 
  • Les antécédents familiaux : le fait que plusieurs cancers soient survenus au sein d’une famille peut témoigner d’un risque accru d’en développer un, sans que cela ne soit une règle absolue. C’est la raison pour laquelle un médecin peut être amené à vous demander lors d’une consultation s’il y a déjà eu des cas de cancers dans votre famille.
  • La prédisposition génétique. Il s’agit d’une mutation transmise directement à un individu par ses parents (hérédité) et qui se retrouve de fait présente dans toutes les cellules de l’organisme. Seuls 5 à 10% des cancers sont liés directement à la transmission héréditaire d’une mutation importante. Les mutations les plus connues sont celles concernant les gênes BRCA1 et BRCA2 qui engendrent un sur-risque de cancers du sein et de l’ovaire et les mutations dans le cadre du syndrome de Lynch qui peuvent engendrer des cancers du côlon mais aussi d’autres cancers digestifs, gynécologiques ou des voies urinaires.

 

 

 

Prévention du risque

Il est scientifiquement prouvé  qu’une bonne hygiène de vie participe à la réduction des facteurs de risque externes et donc de survenue d’un cancer. 

Quelques règles à suivre : 

  • Maintenir un poids de forme et une activité physique régulière (tous cancers)
  • Avoir une alimentation saine : limiter la consommation d’acides gras saturés et de viande rouge ou transformée, majorer la consommation de fibres, de fruits et légumes frais (tous cancers)… 
  • Limiter les expositions professionnelles aux produits cancérigènes, et porter un matériel de protection adapté (cancers du poumon, mesothéliome, cancers cutanés, de vessie, cancers ORL, leucémies)
  • Ne pas fumer sous quelque forme que ce soit, limiter le tabagisme passif (cancers du poumon, ORL, de la vessie, du col de l’utérus…)
  • Limiter la consommation d’alcool (cancers ORL, du foie)
  • Limiter l’exposition au soleil, surtout chez les enfants, et les personnes à risques (peau claires, présence de nombreux grains de beauté, antécédents de nombreux coups de soleil), et dans tous les cas, utiliser une protection solaire UVB à renouveler régulièrement. Ne pas utiliser de cabine à ultraviolets (cancers cutanés)
  • Prévention primaire par vaccination chez les enfants contre le virus de l’hépatite B  (cancer du foie), et chez les jeunes filles entre 11 et 19 ans contre le papillomavirus humain (cancer du col de l’utérus)
  • Pour les femmes : limiter l’utilisation de traitements hormonaux substitutifs de la ménopause à 5 ans (cancers du sein, de l’endomètre)

Il n’existe pas de mesures de prévention vis-à-vis des facteurs internes, mais il est nécessaire de réaliser un suivi rapproché en cas d’augmentation du risque (âge, antécédents familiaux ou prédisposition génétique connue).

 

Progression, incidence et espérance de vie

Si le nombre de cancers est en augmentation sur les dernières décennies, la mortalité liée à la maladie tend, elle, à se stabiliser. Le cancer devient une maladie chronique avec laquelle il faut alors apprendre à vivre.

Une maladie en progression

On estime à environ 385 000 le nombre de nouveaux cas de cancers en 2015 (211 000 chez l’homme et 174 000 chez la femme). Les cancers les plus fréquents sont, dans l’ordre : 

  • Chez l’homme : le cancer de la prostate, le cancer du poumon et le cancer colorectal
  • Chez la femme : le cancer du sein, le cancer colorectal  et le cancer du poumon

Durant les 30 dernières années, une forte hausse de l’incidence (nombre de nouveaux cas par année civile) des cancers a été observée, notamment en lien avec les progrès dans le dépistage et le diagnostic de ces pathologies ainsi qu’avec le vieillissement de la population.

 

Mortalité

Le cancer est responsable de 150 000 décès en 2015 (84 000 chez l’homme et 65 000 chez la femme). Il est à ce jour la première cause de mortalité chez l’homme et la seconde chez la femme. 
Cependant, la mortalité liée au cancer tend à se stabiliser depuis une dizaine d’années en raison des progrès dans le traitement du cancer. Ainsi, on devrait constater, dans les années à venir : 

  • Une augmentation de l’incidence des cancers chez la femme, 
  • Une stabilisation de l’incidence chez l’homme,
  • Une diminution du taux de mortalité tous sexes confondus.

De plus en plus de personnes sont donc amenées à vivre avec le cancer. Grâce à l’amélioration des traitements, cette maladie devient progressivement chronique, comme peuvent l’être le diabète ou l’hypertension artérielle.

 

 

Du dépistage à l’annonce

Le dépistage du cancer

Dans la majorité des cancers, plus le diagnostic est posé tôt, moins les traitements sont lourds et meilleures sont les chances de guérison. L’entrée du patient dans un parcours de soins à l’hôpital, l’écoute et l’information au moment de l’annonce, sont des enjeux majeurs.

Le dépistage des cancers, qu’il soit individuel ou organisé, permet de détecter au plus tôt et avant l’apparition de sympômes, des lésions précancéreuses ou cancéreuses afin d’éviter un cancer ou de le traiter précocement et augmenter les chances de guérison.

Le dépistage individuel

Tout au long de la vie et en dehors de toute maladie grave, il est important de maintenir un bon suivi médical chez le médecin traitant, qui connaît votre historique médical personnel et familial.
Sur sollicitation de votre part, après discussion avec lui et en fonction de ce qu’il connaît de vous, le médecin traitant peut engager une démarche de dépistage spécifique. 

Ex. : chez des patients de 50 à 75 ans n'ayant pas d'autre problèmes de santé, toucher rectal et mesure du taux de PSA par prise de sang pour le dépistage du cancer de la prostate. 

Le dépistage ciblé

Il est limité aux populations à risque avéré : âge avancé, facteurs ethniques (ex. du cancer de la prostate plus fréquent dans certains groupes ethniques), connaissance d’une maladie d’origine familiale ou héréditaire.

Le dépistage organisé

Certains cancers sont l’objet de dispositifs de dépistage de masse, organisés dans un cadre bien défini par les autorités sanitaires. Ces actions de santé publique sont déclenchées à partir de certains critères (ex. : âge) et s’adressent à des populations ne présentant pas de symptômes particuliers. L’objectif étant alors de diagnostiquer au plus tôt pour prendre en charge le malade au plus vite. 

Les principales recommandations de dépistage organisé portent sur : 

  • Le cancer du sein
    • Palpation des seins une fois par an, à partir de 25 ans, par un médecin généraliste, gynécologue, ou sage-femme (même hors grossesse).
    • Dépistage organisé par mammographie bilatérale, avec double lecture par des radiologues spécialisés, chez les patientes sans symptôme ni facteur de risque individuel, de 50 à 74 ans, tous les deux ans.
    • Dans 90% des cas, la mammographie est rassurante. Dans 9% des cas, il sera nécessaire d’effectuer d’autres examens (clichés de mammographie supplémentaires, échographie, IRM, ou biopsies) après la première ou la deuxième lecture des clichés radiologiques.
  • Le cancer du col de l’utérus
    • Frottis cervico-vaginal à partir de 25 ans : après deux frottis normaux à un an d’intervalle, un frottis est recommandé tous les trois ans jusqu’à 65 ans.
  • Cancer colo-rectal
    • Dépistage organisé par test immunologique (recherche de sang occulte dans les selles) à réaliser soi-même grâce à un kit dédié, chez les patient(e)s âgé(e)s de 50 à 74 ans, tous les deux ans.
    • En cas de test positif (4% des cas), une coloscopie est proposée afin de confirmer ou non la présence de lésion suspecte.

 

  • Cancer cutanés
    • Journée nationale de prévention et de dépistage gratuit des cancers de la peau une fois par an. 

Signes d’alerte

Le cancer est une maladie insidieuse, qui peut être « silencieuse », et être diagnostiquée à l’occasion d’un dépistage organisé ou à l’occasion d’un examen réalisé pour une toute autre raison. Il peut aussi être découvert devant des signes d’alerte ou des symptômes spécifiques.

Les signes d’alerte sont des signes cliniques qui, isolés, paraissent bénins et peuvent par conséquent être facilement laissés « de côté ».  Lorsqu’ils sont groupés et persistants, ils doivent amener à consulter un professionnel de santé afin de débuter un suivi médical.

De façon générale, il convient de consulter si l’on constate :  

  • Une altération de l’état général avec anorexie (perte d’appetit), amaigrissement important inexpliqué, asthénie (fatigue) intense inexpliquée, sueurs nocturnes nombreuses et répétées
  • Des douleurs inexpliquées ou persistantes
  • L’apparition d’une grosseur persistante
  • Des saignements inexpliqués : vaginaux en dehors de périodes de menstruation (métrorragie), urinaires (hématurie), dans les selles (rectorragie), en toussant (hémoptysie)

Il existe des signes plus spécifiques liés à certains types de cancers :

  • Cancers du poumon et ORL : essoufflement, toux, hoquets persistants, modifications de la voix (dysphonie), difficutés pour avaler (dysphagie), ulcérations persistantes dans la bouche
  • Cancers de la peau : apparition ou modification d’un grain de beauté. Les critères devant alerter sont les critères ABCDE : Asymetrie, Bords irreguliers ou dentelés, Couleur inhomogène, Diamètre > 6mm, et Evolution (changement de forme, couleur, apparition de saignements, démangeaisons…)
  • Cancer du sein : peau du sein rouge, inflammatoire, mamelon rétracté…

Diagnostic et annonce

En cas de symptômes évocateurs ou lorsqu’un test de dépistage a donné un résultat positif, différents examens doivent être pratiqués pour confirmer ou infirmer le diagnostic. 

Le diagnostic : du généraliste au spécialiste

La première étape diagnostique se déroule généralement en consultation chez le médecin traitant. Après l’examen clinique et en cas de suspicion de cancer, le médecin généraliste prescrit les examens appropriés. Si ses doutes sont confirmés, il peut décider d’orienter le patient vers le médecin spécialiste correspondant à la pathologie suspectée.

Le spécialiste lui-même aura parfois besoin de nouveaux examens complémentaires :

  • Analyses biologiques (prises de sang)
  • Imagerie morphologique (échographie, scanner, IRM), fonctionnelle (TEP-scanner, scintigraphie) ou endoscopiques (coloscopie, gastroscopie, fibroscopie bronchique, endoscopie des voies aériennes supérieures)

La confirmation du diagnostic

Dans tous les cas, le diagnostic doit être confirmé par analyse anatomopathologique. Elle est basée sur l’examen à l’œil nu, à la loupe ou sous microscope de cellules (ex. : cellules issues des frottis pour le dépistage du cancer du col de l’utérus) ou de tissus (par biopsie ou intervention chirugicale).

L’analyse anatomopathologique permet de confirmer : 

  • Le type de cancer et sa nature
  • L’atteinte du tissu et les caractéristiques de la tumeur (forme, taille…) 
  • Les caractéristiques ayant un impact sur l’agressivité et le pronostic de la maladie (sensibilité à certaines hormones, présence de mutations et anticipation de réaction au traitement…)

L’annonce du diagnostic

L’annonce d’un cancer reste un moment difficile pour tout patient. Que le diagnostic soit suspecté ou confirmé, l’annonce doit bénéficier de la même attention.

Parce qu’une information mieux vécue et comprise facilite l’adhésion du patient au programme de soins qui lui est proposé, l’annonce est encadrée par la loi (mesure du Plan Cancer) et fait l’objet d’un dispositif particulier permettant au patient de bénéficier :

  • D’un temps médical d’annonce et de proposition de traitement, 
  • D’un temps soignant de soutien, pour reformuler et ajouter des informations nécessaires pour le patient ou son entourage, et de repérage des besoins afin d’orienter le patient vers d’autres professionnels de santé (assistante sociale, psychologue…)
  • D’un accès à des structures de soins de support pour aider le patient à tous les moments de la maladie, du diagnostic au traitement, 
  • D’une coordination entre la ville et l’hôpital, afin de maintenir le lien de proximité, et de garantir la sécurité et continuité des soins

Il est important qu’à toutes les étapes de ce dispositif, le patient reçoive des informations adaptées, compréhensibles, et qu’il lui soit laissé les coordonnées de la structure soignante ou d’associations de patients, afin qu’il trouve le soutien nécessaire au moment où il en aura besoin.
 

Pourquoi traiter ?

Traiter le cancer, ce n’est pas seulement répondre à une maladie par un protocole. Il s’agit pour les spécialistes de trouver la meilleure conciliation entre les priorités de vie du patient d’une part et les moyens thérapeutiques à disposition d’autre part. 

Si l’objectif premier de tout professionnel de santé est de guérir le malade, le cancer reste une maladie complexe qui, selon sa forme et son agressivité, peut plus ou moins résister aux traitements. 

On distingue ainsi plusieurs objectifs :

  • Dans tous les cas, on vise à faire regresser la maladie ou à la stabiliser le plus lontemps possible, afin : 
    • D’augmenter l’espérance de vie du malade par une stratégie thérapeutique efficace
    • De préserver sa qualité de vie en limitant les conséquences de la maladie (ex. : douleur)
  • Dans certains cas, on peut attendre une rémission, c’est-à-dire une amélioration de l’état du patient, qui peut être :
    • Partielle si les traitements ont permis de faire reculer la maladie, la maintenant à un état moins avancé qu’initialement
    • Complète s’il ne persiste aucun signe détectable de la maladie sur les plans clinique, biologique ou radiologique

On parle de guérison lorsque plus aucun signe de maladie n’est détecté l’issue d’une période de 5 ans de suivi du patient après fin des traitements. On considère en effet qu’au-delà de ce délai de suivi, le risque de rechute décroit drastiquement et devient négligeable. Les risques de réapparition du cancer sont minimes et ne justifient plus dès lors une surveillance particulière.

Décider du meilleur traitement

Le choix du traitement repose sur une prise en compte globale de la situation : caractéristiques de la maladie, effets secondaires des traitements, mais aussi considération pour le malade dans toutes ses dimensions (personnelle, professionnelle, sociale…) sont autant d’éléments sur lesquels les spécialistes fondent la décision.

Le choix du traitement n’est pas l’affaire exclusive d’un médecin, aussi qualifié soit-il. Afin de garantir la meilleure efficacité de la prise en charge, chaque cas de cancer est étudié en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP). 

Une RCP réunit un ensemble de professionnels de santé de différentes disciplines : cancérologues, chirurgiens, radiothérapeutes, pharmaciens... Ils procèdent collégialement à une étude approfondie du dossier médical du patient (analyses biologiques, imagerie, antécédents médicaux...), discutent, argumentent et mettent leurs compétences en commun afin de convenir de la stratégie considérée comme la plus efficace.

La situation personnelle du patient (vécu, mode de vie, projets…) entre également en ligne de compte dans le choix du traitement proposé. Car à maladie équivalente, le meilleur traitement pour un patient n’est pas forcément le plus pertinent pour un autre. On optera ainsi, dans un cas, pour un traitement radical aux effets secondaires lourds, mais au taux de réussite élevé ; dans un autre cas, on privilégiera une option thérapeutique moins forte nécessitant plus de surveillance ultérieure, mais dont l’impact sur la qualité de vie est moindre. 

Si la discussion en RCP est obligatoire pour la prise en charge de chaque nouveau cancer, sa conclusion reste quoi qu’il en soit une proposition de traitement que le médecin présente au patient en lui exposant tous les enjeux (modalités de traitement, effets secondaires...). 

Sur la base de cette information, le patient peut faire part au médecin de sa volonté d’adhérer totalement ou partiellement au projet proposé. 

Un programme de soins adapté à chaque patient

Une fois la décision posée et le traitement accepté par le patient, le médecin lui expose et remet un programme personnalisé de soin (PPS),  regroupant : 

  • Les modalités concrètes de mise en œuvre de la stratégie thérapeutique (nature, dates et lieux des différentes étapes du traitement, objectifs, bilans et comptes rendus…)
  • Les mesures particulières à prendre pour prévenir ou faire face à tout événement inhabituel survenant en cours de traitement (ex. : éducation thérapeutique autour des interactions médicamenteuses, du régime alimentaire…) 
  • Les informations relatives au suivi social (plan d’aide sociale, coordonnées de l’assistance sociale…) et à l’anticipation de l’après-cancer (retour à l’emploi…)
  • Les contacts des professionnels concernés dans le cadre de la prise en charge

Le maintien d’une relation de confiance et d’un dialogue permanent avec les soignants est fondamental tout au long de la prise en charge de la maladie.

La prise en charge clinique

Le traitement du cancer n’est pas unique, il regroupe un ensemble d’approches très variées. On proposera par exemple, à certains patients, des traitements lourds visant à enrayer l’agressivité du processus de développement de la maladie. D’autres patients pourront recevoir un traitement plus léger s’ils souhaitent préserver leur qualité de vie.

Les traitements de référence

La lutte contre la maladie s’organise autour de trois principaux modes d’action thérapeutique, dont l’efficacité est reconnue et qui sont par conséquent l’objet de recommandations par les autorités de santé nationales et internationales. 

  • L’intervention chirurgicale est la forme la plus ancienne de traitement du cancer. Utilisée dans 80% des cas, elle est encore aujourd’hui le premier traitement proposé aux patients. 

Objectifs

  • Retirer la tumeur, les tissus et ganglions potentiellement atteints, ainsi que les éventuelles métastases. Selon le type de cancer et son stade d’avancement, la chirurgie peut être utilisée seule ou combinée à la chimiothérapie et/ou la radiothérapie. 
  • Utilisés après la chirurgie, ces traitements dits adjuvants visent à éliminer les cellules cancéreuses qui seraient encore présentes dans l’organisme de façon à limiter le risque de récidive. 

En pratique
L’intervention est réalisée sous anesthésie générale (vous êtes complètement endormi) ou locale (seule la zone d’intervention est insensibilisée). Le type d’intervention et la technique utilisée sont adaptés à chaque situation particulière.

  • La chimiothérapie consiste en l’administration d’un ou plusieurs médicaments qui agissent contre les cellules cancéreuses soit en les détruisant, soit en les empêchant de se multiplier.

Objectifs

  • Eliminer les cellules cancéreuses présentes dans l’organisme
  • Réduire la taille d’une tumeur avant une opération chirurgicale
  • Limiter les risques de récidive après une intervention chirurgicale
  • Traiter des localisations secondaires de la tumeur

En pratique
La majorité des médicaments de chimiothérapie est administrée par voie intraveineuse sous forme de perfusions, à l’hôpital. Dans certains cas, la chimiothérapie peut être injectée en intramusculaire ou sous-cutané, soit directement dans la tumeur ; ces solutions permettant un temps de présence réduit à l’hôpital. Mais de plus en plus, elle se développe sous forme de comprimés qui peuvent alors être pris à domicile.
Le traitement par chimiothérapie est administré au cours de cycles (ou cures) sur plusieurs jours. La chimiothérapie s’accompagne souvent d’effets indésirables connus dont l’intensité peut varier mais dont la prise en charge est définie en amont. La durée du traitement par chimiothérapie dépend de son efficacité et de sa tolérance mais s’étale habituellement sur plusieurs mois. 

  • La radiothérapie est un traitement locorégional des cancers. Elle consiste à utiliser des rayonnements (on dit aussi rayons ou radiations) pour détruire les cellules cancéreuses en bloquant leur capacité à se multiplier.

Objectifs

  • Eliminer les cellules cancéreuses présentes dans l’organisme
  • Comme la chimiothérapie, la radiothérapie peut être réalisée avant une opération chirurgicale pour réduire la taille de la tumeur et ainsi augmenter les chances de retirer toutes les cellules cancéreuses
  • Ou après, pour détruire les éventuelles cellules cancéreuses restantes

En pratique
Les rayons sont émis par un appareil pendant que vous êtes allongé, sans bouger, sur une table. Les séances durent quelques minutes seulement et sont répétées sur plusieurs jours. Au préalable, la zone exposée a été définie très précisément par scanner, de façon à ne cibler que la tumeur et à épargner les tissus sains. 
La dose de rayons à administrer, le nombre et la fréquence des séances sont déterminés en fonction du type de cancer, de la taille de la tumeur et de sa localisation dans le corps.

Les techniques de ces traitements de référence ont évolué. Avant, on traitait tout l'organe. Aujourd'hui, en chirurgie comme en radiothérapie, grâce aux appareils en 3D, on ne traite que la tumeur et on préserve l'organe. La chimiothérapie fait aussi beaucoup de progrès, notamment avec le développement de la voie orale, qui permet d'éviter l'hospitalisation. Et si les effets secondaires sont toujours présents, on essaie de les réduire au maximum. Par exemple, le port d’un casque réfrigérant peut donner de bons résultats pour prévenir la chute des cheveux. 

Les nouvelles thérapies 

Depuis quelques années,  la recherche s’oriente vers le développement de traitements personnalisés du cancer et est marquée par des évolutions majeures : 

  • Les thérapies ciblées qui, sur la base d’une meilleure connaissance du profil biologique du patient et de la génétique des tumeurs, agissent contre des mécanismes très spécifiques du cancer. On ne traite plus une tumeur mais votre tumeur, avec ses spécificités. 
  • L’immunothérapie, qui consiste à restimuler les défenses naturelles de l’organisme contre le cancer
  • L’optimisation des combinaisons entre les différentes armes thérapeutiques (chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie, nouvelles thérapeutiques)

Ces nouvelles approches permettent dès aujourd’hui de proposer une option de soin supplémentaire aux patients dont la maladie résiste aux traitements classiques (impasse thérapeutique). Elles sont accessibles ‘en routine’ pour certains cancers ou dans le cadre d’essais cliniques. 

Dans l’avenir, elles pourraient devenir les traitements de référence de demain, avec des bénéfices notables pour le patient en termes d’efficacité et de réduction des effets secondaires. 

Peut-on décider de ne rien faire ? 

Ne rien faire est une possibilité lorsque : 

  • Le cancer semble être pas ou peu évolutif 
  • Le patient est particulièrement âgé ou affaibli 
  • Les effets toxiques du traitement surpassent ses bénéfices. 

Par exemple, dans le cas du cancer de la prostate, il peut être décidé de renoncer à tout traitement immédiat. Si la maladie ne présente pas de risque évolutif ou d’agressivité particulière, le patient peut être placé sous un protocole de « surveillance active » au cours duquel le stade de sa maladie est régulièrement contrôlé. 

En tout état de cause, ne rien faire contre le cancer ne signifie en aucun cas renoncer à prendre soin du malade. Quelle que soit la situation, celui-ci doit bénéficier de soins psychologiques et physiques pour prévenir ou soulager d’éventuels symptômes. A cet effet, un réseau d’intervenants à l’hôpital et en ville s’articule autour du patient pour répondre à ses besoins.

Les soins de confort

Si les traitements évoluent vers des techniques moins invasives et plus ciblées, l’attention est également portée aux effets secondaires et à la qualité de vie pendant et après le traitement.

La prise en charge d'un cancer ne s'arrête pas au traitement de la seule maladie. Le traitement du cancer produit bien souvent des effets indésirables sur le corps (perte de cheveux, nausées et vomissements, éruptions cutanées, troubles digestifs, troubles moteurs, douleurs, fatigue…) qui peuvent avoir d’importantes répercussions sur votre vie quotidienne.

Les soins dits « de support » ou « de confort » pensent le soin dans sa dimension globale et ont pour vocation de répondre aux besoins qui peuvent survenir pendant la maladie et lors de ses suites, jusqu’à la prise en compte des difficultés sociales, de la souffrance psychique, des perturbations de l'image corporelle et de l'accompagnement de fin de vie. Ils visent à assurer la meilleure qualité de vie possible au patient, sur le plan physique, psychologique et social. Ils prennent en compte la diversité des besoins du malade ainsi que ceux de son entourage. 

Les soins de confort font partie intégrante de votre prise en charge et ne sont ni secondaires, ni optionnels.

Surveillance et suivi médical

Le combat contre le cancer impose un rythme de soins et peut laisser des séquelles psychologiques ou physiques plus ou moins importantes. Une fois les traitements terminés, l’après-cancer est une nouvelle étape dans laquelle les professionnels de santé vous accompagnent. 

A l’issue du traitement, une visite de bilan permet de déclarer que la rémission est effective. A partir de là s’enclenche un processus de surveillance active qui regroupe des examens cliniques simples et des examens d’imagerie.

Suivi post-traitement et examens de contrôle

La surveillance post-traitement d’un cancer est nécessaire pour dépister le plus précocement possible toute récidive de la maladie.

La récidive est la réapparition du cancer, au moment endroit que la maladie initiale ou dans une autre partie du corps. 

La fréquence des visites de contrôle est définie par le cancérologue, en lien avec les autres spécialistes prenant part au programme de soins : 

•    Au cours des deux premières années après constat de rémission, le risque de rechute est plus élevé ; de ce fait les examens sont plus rapprochés. 
•    Au-delà, en fonction de l’évolution de la rémission, les visites de contrôle et les examens sont plus espacées. En général, la surveillance comprend des examens tous les 3 mois, puis tous les 6 mois 
•    Au-delà de 5 ans après fin du traitement, la surveillance repose sur un examen annuel.

Le cancer nécessite une surveillance à vie car si le risque principal de récidive devient de plus en plus négligeable au-delà de 5 ans, il n’est toutefois pas nul. Cette surveillance continue tout au long de la vie, permet aussi de dépister, en plus d’une éventuelle rechute, la survenue de complications à long terme du traitement, voire de dépister un deuxième cancer.

Vivre avec les effets d’un traitement

Le cancer ainsi que les thérapies pour le combattre peuvent laisser des séquelles psychologiques ou physiques plus ou moins sévères selon les maladies et les personnes. Le rôle des professionnels de santé se poursuit alors dans l’accompagnement des patients vers un retour à une vie la plus normale ou confortable possible.  

Conséquences possibles des traitements

Malgré les progrès continus de la médecine, les traitements contre le cancer peuvent avoir des conséquences importantes et permanentes sur la qualité de vie au quotidien.

C’est particulièrement le cas pour certains traitements par ablation chirurgicale, qui laissent au patient un corps différent de celui qu’il connaissait. Les conséquences peuvent alors être : 

  • Esthétiques, par exemple dans le cas de l’ablation d’un sein ou d’une chirurgie maxillo-faciale
  • Fonctionnelles, lorsque c’est un mécanisme naturel du corps qui est altéré : dysfonctionnement érectile après ablation totale de la prostate, troubles de la digestion après retrait de l’estomac, anus artificiel suite à un cancer colorectal, poche externe de recueil des urines après ablation de la vessie… 

Certains traitements non chirurgicaux (ex : chimiothérapie et greffe de moelle osseuse contre une leucémie) peuvent eux aussi laisser des séquelles importantes et permanentes (stérilité). 

L’accompagnement des patients

Si la guérison reste leur objectif premier, les professionnels de santé peuvent aider le patient au-delà du seul combat contre la maladie. Car selon son âge, ses priorités de vie, sa situation personnelle ou professionnelle, sa fragilité ou sa force psychique, un patient peut exprimer différents besoins pour sa vie après traitements. 

Il peut alors être orienté vers : 

  • Une aide psychologique, pour faire face à ces changements qui altèrent l’estime de soi, la volonté de vivre en société, de pratiquer des activités, de bâtir des projets
  • Une assistance sociale, pour l’aider dans ces démarches, de retour à l’emploi par exemple
  • Des programmes d’éducation thérapeutique, qui visent à adopter de nouvelles règles de vie quotidienne (alimentation, activité physique…). Il s’agit alors non seulement de maintenir une certaine qualité de vie, mais aussi de prévenir la survenue d’une récidive ou d’un second cancer
  • Des prises en charge médicales ou chirurgicales complémentaires qui peuvent pallier certains dysfonctionnements induits par les traitements (ex : mise en place de solutions médicamenteuses ou de dispositifs mécaniques contre l’impuissance après ablation de prostate, chirurgie esthétique et reconstructrice…)

Anticiper les effets des traitements

La prise en compte du patient dans toute sa dimension personnelle, ainsi que des conséquences du traitement sur sa qualité de vie, commence de manière anticipée, dès le choix du traitement. 

Dans certains cas, c’est donc avant le déclenchement du traitement que l’on met en place des mesures permettant au patient de garder l’espoir d’une vie normale après rémission. C’est notamment le cas lorsque sont proposées des techniques de préservation de la fertilité, mises en œuvre avant une thérapie anticancéreuse aux effets stérilisants. 

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Qu’est-ce le cancer ? Comment le dépiste-t-on ? Comment la maladie se développe-t-elle ? Quels sont les traitements ou encore comment vit-on avec un cancer ?... Des médecins de l’Institut de cancérologie des HCL vous aident à comprendre cette maladie qui nous touche tous de prêt ou de loin.