Fake news, médecine et hôpital public... Face à la désinformation, comment agir ?
« Inspirer confiance par la transparence », Raymond Le Moign, directeur général des HCL
Dans un environnement informationnel saturé par les réseaux sociaux et la surpuissance de l’intelligence artificielle, le CHU de Lyon doit contribuer à la lutte contre la désinformation en santé, dont l’impact sur les patients peut entraîner des retards de diagnostic, une contestation des soins et une relation soignant-soigné plus conflictuelle. Elle expose également les professionnels au harcèlement sur les réseaux sociaux, poussant certains experts à se taire et laissant l’espace médiatique à des voix moins compétentes. Le CHU peut même devenir une cible symbolique ou politique pour ceux qui cherchent à fragiliser la parole scientifique. Animés par une culture de la rigueur scientifique et de l’action en santé par la preuve1, les HCL, en lien avec l’université Lyon 1, poursuivent quatre objectifs : accompagner les personnes confrontées à la désinformation ou au harcèlement ; incarner une voix crédible pour expliquer les enjeux de santé, sans entrer dans le débat d’opinion ; former étudiants, professionnels et associations de patients à l’esprit critique ; protéger la parole scientifique dans le respect de la déontologie et de la liberté académique. La littératie en santé2 en tant qu’elle transforme le citoyen en patient éclairé constitue un levier parmi d’autres pour distinguer les faits des croyances et améliorer l’adhésion aux soins, même si l’approche rationnelle montre ses limites face à la rapidité de diffusion de la désinformation, aux biais cognitifs et à des enjeux industriels ou idéologiques dépassant le cadre hospitalier. Le CHU revendique ainsi son rôle d’établissement public de référence, qui doit inspirer confiance par la transparence, la cohérence des messages, l’acceptation de l’incertitude scientifique et le respect des patients.
« La lutte est permanente », Matthieu Lebrat, pharmacien assistant hospitalier universitaire à la pharmacie centrale des HCL
Les pharmaciens ont un rôle à jouer dans la lutte contre la désinformation en santé. Ils assument des missions de prévention, de traitement et de suivi des patients. Ils sont les professionnels de santé les plus accessibles avec trente officines et plus de trois pharmacies à usage intérieur pour 100 000 habitants en France. Du fait de ce maillage territorial, l’enjeu est primordial. Ancrés dans leur territoire, investis dans la santé publique (vaccination, tests, dépistages, etc.), ils accompagnent les citoyens au quotidien. Formés à l’analyse critique, aux raisonnements scientifiques, ils ont le devoir d’informer en restant fidèles à la rigueur scientifique. Dans le contexte actuel d’inflation informationnelle, cette responsabilité prend davantage de poids. Sont requis humilité et diplomatie : évitons les messages clivants, binaires et polarisés. Face à des personnes convaincues, il faut de l’énergie pour engager le dialogue. La lutte est permanente et il n’y aura jamais rien d’acquis. Que ce soit en officine ou à l’hôpital, lutter contre la désinformation en santé exige d’avoir du temps. C’est pourquoi la littératie en santé* représente un vrai challenge. Car la désinformation en santé augmente la défiance envers les autorités sanitaires, les recours à des soins non optimaux, l’usage de produits de santé en dehors des circuits légaux, etc. Ainsi, il nous appartient de bien informer pour bien traiter.
« Sanctionner les désinformateurs », médecin, corédacteur du rapport ministériel sur l’information en santé
Nous sommes tous acteurs de la désinformation, de manière volontaire ou non. Les citoyens ne distinguent souvent pas les faits des opinions. Sur les réseaux sociaux, nous sommes plus exposés à la désinformation qu'à la bonne information, car l'émotionnel y circule plus vite. Et lorsqu'un professionnel en « blouse blanche » relaie de fausses informations, l'impact est dévastateur. Pour agir et inverser la tendance, une mobilisation générale est nécessaire. Développons l’esprit critique et une culture citoyenne en santé. Instaurons un plan public d’information et de lutte contre la désinformation pour chaque hôpital et université, avec une introspection régulière sur les pratiques de production et de diffusion de l’information et un affichage clair des ambitions et des priorités de l’institution. Créons un InfoScore Santé qui permettrait de qualifier la fiabilité de toutes les informations en santé en vérifiant les sources, l'absence de revues prédatrices et les liens d'intérêt. Formons les professionnels de santé à la littératie et bannissons la labellisation académique des pratiques de soins non conventionnelles (PSNC) et non validées. Faisons de l’infodémiologie une priorité de recherche pour décrypter récits, algorithmes, comportements et modèles économiques. Sanctionnons les désinformateurs, protégeons les scientifiques et créons un observatoire national de l’information en santé. Enfin, agissons au niveau européen pour considérer les réseaux sociaux comme des médias ayant une responsabilité éditoriale.
1 « Être le CHU de la médecine experte, personnalisée et pertinente », ambition du projet stratégique 2035 des HCL.
2 La littératie en santé désigne la capacité d’accéder, de comprendre, d’évaluer et d’appliquer l’information de manière à promouvoir, maintenir et améliorer sa santé et celle de son entourage.
Article publié dans le magazine Tonic (avril 2026)
La désinformation en santé au cœur du débat cet automne
Dans le cadre de la lutte contre la désinformation en santé, les HCL annoncent la tenue d’une conférence à l’automne 2026. Organisée en collaboration avec le Think tank Evidences, dont la mission est de promouvoir une vision renouvelée du progrès scientifique et technique au sein de la société, ce rendez-vous ouvert à tous permettra de mieux comprendre les enjeux de la désinformation en santé pour lutter efficacement contre ses conséquences. Promotion de la pensée critique, rôle de l’expertise scientifique dans la décision publique, soutien à la recherche comme levier de progrès sanitaire et social et de souveraineté, les débats fondés sur des données probantes promettent de préparer la riposte à ce qui est déjà une réalité qui fragilise notre système de santé. Plus d’infos à venir.
Information en santé : protéger la santé des citoyens
Le 12 janvier 2026, la ministre de la Santé s’est vu remettre le rapport sur l’information en santé, dévoilant à cette occasion la stratégie de lutte contre la désinformation. Les auteurs du rapport se sont appuyés sur 156 entretiens impliquant 270 experts et acteurs du secteur. Ils dénoncent une « désinformation devenue massive, jusqu’à menacer l’existence même des systèmes de santé tels que nous les connaissons. Avec, comme corollaires, le retour de maladies que l’on pensait éradiquées, une augmentation de la mortalité infantile et un abaissement de l’espérance de vie. » Le rapport est sans appel : la désinformation touche des domaines vitaux comme la vaccination, les traitements du cancer, l'alimentation ou la santé mentale. Le rapport souligne la variété des acteurs : influenceurs en quête d'audience, groupes complotistes, mais aussi certains professionnels de santé « dévoyés » ou des lobbys industriels (tabac, alcool, agro-alimentaire) utilisant la création de doute pour protéger leurs intérêts. Les auteurs plaident pour une mobilisation collective et structurée, estimant que seule une réponse coordonnée entre l'État, les institutions scientifiques, les médias et les plateformes numériques permettra de restaurer la confiance et de protéger la santé des citoyens.