Maladie cœliaque, allergie au gluten, hypersensibilité : quels parcours de soins ?
La maladie cœliaque touche 1 % de la population. C'est une affection auto-immune de l'intestin grêle qui nécessite une prise en charge à vie. Pour en parler, la docteure Charlotte Juin, hépato-gastroentérologue à l'hôpital Lyon Sud.
Transcription
Attention, avant de consulter un gastroentérologue devant des symptômes potentiellement en rapport avec du gluten, il ne faut pas confondre la maladie cœliaque, qui est l'intolérance au gluten, avec deux autres pathologies liées au gluten que sont l'allergie au gluten et l'hypersensibilité au gluten.
La maladie cœliaque, c'est en fait une maladie auto-immune de l'intestin grêle qui est relativement fréquente puisqu'elle va concerner 1 % de la population et elle va être déclenchée par l'ingestion de gluten. Le gluten, c'est un ensemble de protéines non digestives qu'on retrouve dans le blé, le seigle et l'orge, et qui est largement utilisé dans l'industrie agroalimentaire pour sa capacité texturante et aussi pour son goût.
La maladie cœliaque peut survenir à tout âge de la vie et les symptômes sont parfois peu spécifiques, voire absents, ce qui peut rendre le diagnostic difficile. La diarrhée chronique reste le symptôme digestif le plus fréquent, mais parfois peut survenir une constipation. Les patients souffrent parfois également de douleurs abdominales, de ballonnements associés à des flatulences. Ils décrivent très fréquemment une fatigue chronique. Et puis, dans les formes les plus sévères, on peut avoir un amaigrissement avec une dénutrition.
Pour poser le diagnostic de la maladie cœliaque, on va faire une recherche d'anticorps spécifiques dans le sang. En cas de positivité de ces anticorps, c'est à ce moment-là qu'il faut être adressé vers un gastroentérologue qui réalisera une gastroscopie avec des prélèvements de l'intestin grêle. C'est sur ces prélèvements qu'on va poser définitivement le diagnostic de la maladie. Lorsque ces prélèvements montrent une atrophie des villosités intestinales, qui sont en fait des replis de la muqueuse où se fait l'absorption des nutriments vers le sang.
Actuellement, le seul traitement recommandé pour la maladie cœliaque, c'est le régime sans gluten strict et à vie, c'est-à-dire la suppression totale de l'alimentation du blé, du seigle et de l'orge. L’avoine, lui, est autorisé. Ça paraît simple comme ça, sur le papier, mais du gluten, on en trouve partout dans l'alimentation transformée. Du coup, ça demande vraiment une gymnastique pour les patients, un apprentissage. Il ne faut pas hésiter à se faire aider parce que ce régime est vraiment très important pour limiter au maximum les complications qui peuvent être en lien avec la maladie cœliaque, comme d'autres pathologies auto-immunes, le diabète ou l'hypothyroïdie, une déminéralisation des os, ou encore dans certains cas, des cancers de l'intestin grêle.
Une fois le régime sans gluten mis en place, les symptômes en rapport avec l'intolérance au gluten vont progressivement diminuer et disparaître, seulement en quelques semaines. Ensuite, on va surveiller la prise de sang pour s'assurer de la négativation des anticorps dans le sang, qui témoignera d'une bonne observance du régime sans gluten. Puis finalement, au bout de deux ans de régime bien suivi, on refera une nouvelle gastroscopie avec de nouveaux prélèvements de l'intestin grêle, pour s'assurer que les villosités repoussent bien.
Pour se faire aider, il ne faut pas hésiter à consulter un diététicien ou une diététicienne et même de se rapprocher d'une association de patients comme l’AFDIAG, qui est l'Association française des intolérants au gluten.
Je rappelle que la maladie cœliaque n'est pas la seule pathologie liée au gluten et qu'il existe aussi l'allergie au gluten ainsi que l'hypersensibilité au gluten qui ne nécessitent pas forcément de consulter en gastroentérologie.
L'allergie au gluten, c'est extrêmement rare et c'est une réaction immédiate, respiratoire et/ou digestive, liée à l'ingestion de gluten. L'hypersensibilité au gluten, dont on ne connaît pas encore très bien les mécanismes, est finalement une forme de syndrome de l'intestin irritable, liée au gluten. Elle concerne des patients qui vont présenter des troubles digestifs liés à l'ingestion de gluten, mais qui n'ont pas d'anticorps dans le sang, ni d'atrophie villositaire intestinale. La sensibilité au gluten va varier au cours du temps, donc on peut tenter des réintroductions de gluten, ce qui, je le rappelle, est complètement contre-indiqué dans la maladie cœliaque où le régime doit être strict et à vie.
En conclusion, devant tout trouble digestif potentiellement rapporté à une ingestion de gluten, n'hésitez pas à en parler à votre médecin généraliste pour discuter de la pertinence d'un dépistage par la recherche des anticorps dans le sang avant d'être adressé vers un gastroentérologue.
- Maladie cœliaque - Fiche santé
- Service d'Hépato-Gastro-Entérologie et Assistance Nutritionnelle - Service/consultation
- Hôpital Lyon Sud - Établissement
- Soins et spécialités - Rubrique
Parlons Santé ! est une newsletter mensuelle diffusée par les HCL dans le cadre d'une démarche de prévention et de promotion de la santé.
Portée par la dynamique PEPS (Partenariat Expérience Patient en Santé), elle est conçue avec la participation de représentants des usagers et de patients partenaires, membres du comité de lecture.
📧S'abonner sur myHCL