CARE : un parcours de soins innovant au cœur de la psychiatrie publique
Son équipe pluridisciplinaire, formée à la thérapie comportementale dialectique (TCD) offre un accompagnement innovant et complet, de l'évaluation initiale jusqu’au soutien des proches.
Depuis plus de cinq ans, l’équipe du centre d’aide à la régulation émotionnelle des HCL (CARE) offre une solution à des patients en crise, bien souvent incompris par leur entourage et en recherche de soins adaptés. Ici, c’est tout l’inverse : psychiatres, psychologues, infirmiers ont choisi de se spécialiser pour venir en aide aux patients souffrant du trouble de la personnalité borderline.
Les personnes atteintes par le trouble de la personnalité borderline vivent avec des émotions fortes, une humeur changeante et une très grande sensibilité. Leurs relations interpersonnelles sont parfois intenses et instables. Elles sont sujettes à l’impulsivité et peuvent avoir des difficultés à se contrôler. Elles peuvent développer des comportements pouvant porter atteinte à leur corps, à leur santé jusqu’à leur vie. Les sentiments de vide ou de détresse sont fréquents. Elles ont tendance à être dans le tout ou rien et sont sensibles au sentiment d’abandon.
À CARE, la majorité des personnes suivies ont été adressées par le service d’accueil aux urgences ou par l’unité psychiatrique de crise située dans le même pavillon M de l’hôpital Édouard Herriot. Des psychiatres libéraux, des centres médico-psychologiques et d'autres centres de soins peuvent également y orienter leurs patients. Le parcours de soin est d’autant plus efficace que les professionnelles qui constituent l’équipe de soin sont formées, engagées et bienveillantes. Ce n’est qu’à partir de cette orientation médicale que le parcours du patient débute. Cette organisation de soins post-crise est réactive, le délai d'attente ne dépassant pas le mois et demi. Structuré sous forme d'hôpital de jour depuis 2023, cet accueil va consolider l’état psychique des patients après une phase aiguë.
Thérapie de groupe et suivi individualisé
L’évaluation pluridisciplinaire propose un bilan à 360° en trois heures. Trois heures durant lesquelles, le patient, après que l’adressage ait été validé lors d’une première rencontre, bénéficie d’une matinée d’évaluation individuelle réunissant trois compétences soignantes complémentaires. La docteure Lucile Touboul, psychiatre, réalise le bilan médical et psychiatrique global.
« Cette consultation va permettre d’évaluer le moral, l’anxiété du patient, de passer en revue les traitements et la pertinence du soin », explique-t-elle.
La consultation suivant est assurée par la psychologue qui retrace la trajectoire de vie, évalue le fonctionnement de la personnalité du patient sur le plan émotionnel, relationnel, l’image de soi... « Je recherche également d'éventuels diagnostics différentiels ou comorbidités comme le trauma ou un TDAH », indique Marie-Alix Dessouli, neuropsychologue. Enfin, le dernier entretien paramédical de la matinée porte « sur l'hygiène de vie, la qualité du sommeil et de l'alimentation », précise Aurane Savolle, infirmière. C’est à l’issue de ces trois heures que l’équipe croise ses observations lors d'une réunion clinique afin de valider définitivement l'indication et de préparer l'entrée du patient dans le programme de groupe.
La prise en charge repose sur des séances en petits groupes, de sept à dix patients, encadrés par trois soignantes, garantissant un cadre contenant et interactif. Le programme demande un engagement rigoureux et une assiduité à toutes les séances. L'accompagnement s'articule autour de quatre modules thématiques hebdomadaires de deux heures, dispensés dans un ordre précis. La docteure Touboul en explique la chronologie : « Durant le premier module, la psychoéducation permet de mieux comprendre le trouble et ses symptômes. Le deuxième module doit permettre d’acquérir des techniques pratiques pour gérer les crises émotionnelles et l'impulsivité. Le troisième module vise à améliorer les relations interpersonnelles afin de développer des compétences de communication pour assainir les relations avec l'entourage. Enfin, le quatrième module en lien avec la régulation émotionnelle, apprend à identifier, accueillir et modérer la vulnérabilité émotionnelle au quotidien. »
Chacune des professionnelles de santé qui interviennent a été formée à la thérapie comportementale dialectique ou TCD, thérapie qui met l’accent sur l’apprentissage de stratégies efficaces pour surmonter les problèmes liés à la régulation émotionnelle. De plus, « entre chaque module, le patient est réévalué par l'équipe pluridisciplinaire et continue de bénéficier d'un suivi individuel personnalisé », souligne, Ilona Rigaud, infirmière.
Des outils pour les proches et des bénéfices cliniques pour les patients
Le soin s'inscrit dans une logique de réseau et d'accompagnement global. L’équipe maintient un lien étroit avec les médecins et psychiatres de ville. Elle travaille également en synergie avec le Centre régional du psychotraumatisme (CRP) des HCL pour les patients présentant un syndrome de stress post-traumatique associé. Et parce que le trouble impacte aussi l'entourage, l'équipe oriente les proches vers l’association « Connexion familiale », basée à Versailles, qui propose un cycle de douze séances destiné aux proches aidants. « Ce programme leur transmet des notions de TCD, des outils de communication et des clés pour prendre soin d'eux-mêmes tout en soutenant leur proche », soutient Charline De-Backer, psychologue.
« J’ai trouvé contre toute attente, une safe place, que ce soit au niveau des médecins, des psychologues et des infirmières, un espace d’échange avec un groupe de personnes souffrant du même trouble, et surtout enfin des outils qui, même si au début ils me paraissaient absurdes, m’ont grandement servi », confirme Elise, patiente de 25 ans. « Ce programme m’a permis de me comprendre et de me faire comprendre par mes proches. Je conseille cette thérapie à tous mes pairs qui souffrent comme moi j’ai pu souffrir, car j’y ai entamé la route vers une vie qui vaut la peine d'être vécue », confie-t-elle.
Proposer une psychothérapie structurée, validée scientifiquement et intégrée à l'hôpital public constitue une démarche innovante en psychiatrie. Avec de réels bénéfices cliniques : la thérapie permet une diminution drastique des comportements suicidaires de 88 % à l'admission à 17 % en fin de prise en charge. Porté par une équipe soignante unie, bienveillante et continuellement formée, le Centre CARE des HCL offre aux patients un véritable parcours de rétablissement et d'autonomisation. Un espoir pour de nombreux foyers confrontés à la méconnaissance du trouble et au déficit de professionnels formés et expérimentés aux thérapies comportementalistes les plus récentes.
- Service des urgences psychiatriques - Service/consultation
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- Prévenir le suicide chez les personnes atteintes de trouble de la personnalité borderline | Charline Magnin - Vidéo
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Une série de replays sur le trouble borderline sont disponibles sur notre chaîne YouTube réalisés dans le cadre de la journée de sensibilisation de 2023.