Don d’organes et de tissus : le récit d’Elise, femme d’un donneur
Élise revient sur le décès brutal de son mari à 34 ans et sur sa décision rapide d’accepter le don d’organes et de tissus. Elle évoque le soutien des équipes et les questions liées au consentement et à l’accompagnement des proches.
Son témoignage raconte un choix difficile, mais porteur de sens et d’espoir pour d’autres vies.
Transcription
J'ai perdu mon mari en 2021. Il a été renversé par une voiture. Il avait 34 ans. Je me rappelle exactement du regard du médecin urgentiste. J'étais en pilote automatique et instinctivement, je lui ai demandé si c'était possible de donner des organes. J'ai senti un espèce de soulagement en me disant : « Chouette, je ne vais pas avoir ce combat à mener avec cette personne-là ». De toute façon, il n'y avait plus rien à faire pour mon mari en tout cas, autant qu'on puisse sauver des personnes.
J'ai beaucoup regardé Grey's Anatomy, du coup, j'avais aussi cette sensibilité.
Comment avez-vous été accompagnée par l'équipe soignante ?
Du fait d'accepter le don d'organes, j'avais le droit à un suivi psychologique.
Tout le long, je ne me suis pas sentie du tout seule.
En fait, quand j'ai rencontré l'équipe de coordination, ils m'ont demandé si j'avais des restrictions.
Je leur ai dit que je ne voulais pas qu'ils touchent aux yeux de mon mari.
Moi, ce que j'avais peur, c'est qu'il y ait des choses visibles au moment où les gens venaient voir mon mari avant de fermer le cercueil, etc.
Et sur les yeux, en fait, quand je leur ai dit que je ne voulais pas, ils n'ont pas insisté.
Je pense que si ils m'avaient juste dit « ça ne se voit pas, et ça passe », j'aurais dit « Allez-y ». Et j'aurais donné un truc en plus.
Mais en même temps, c'est tout à leur honneur de ne pas avoir essayé d'insister, sachant que j'avais donné tout le reste.
Quel regard portez-vous sur cette décision aujourd'hui ?
J'étais son épouse. Pour moi, j'étais la mieux placée pour savoir ce qu'il aurait fait. En même temps, je n'ai jamais fait la démarche d'aller vérifier si ça avait marché. J'en ai toujours pas ressenti... Pour l'instant, j'en ai pas ressenti le besoin. Peut-être un jour, je ferai cette démarche.
Aujourd'hui, je préfère me dire que ça a dû fonctionner étant donné son âge, son état de santé et le nombre d'organes qu'on a pu donner.
Aujourd'hui, ça me va de ne pas savoir ce qui a fonctionné et pas fonctionné.
Que peut-on faire pour encourager le don d'organes et de tissus ?
Le fait de donner les organes, ça n'empêche pas de dire au revoir, ça n'empêche pas de faire une cérémonie, ça n'empêche pas de garder en mémoire, de rendre hommage, de continuer.
Enfin, ça n'empêche rien.
Mon mari de 34 ans, aujourd'hui, je ne sais pas à quoi il ressemble.
Mais de m'imaginer qu'en plus de ça, les organes, qui sont encore bons, seraient en train de partir dans la poussière comme le reste, je trouve ça tellement nul, tellement un gâchis.
Nous, on ne pouvait rien faire pour lui. C'était terminé. Autant que ça serve à quelqu'un.
Au moins...
Les proches de ces personnes-là n'auraient pas à vivre, j'espère, ce que moi j'étais en train de vivre.
De se dire que je pouvais éviter ou en tout cas repousser ça à un certain nombre de personnes, c'était facile de prendre la décision dans ces cas-là.
Chaque jour en France, on comptabilise 24 nouveaux patients en attente de greffe, 17 transplantations et 2 à 3 décès.
(Source Agence de la Biomédecine - ABM)
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