Consulter un medecin

Dans le cadre de la pandémie, merci de consulter cette rubrique avant de vous rendre dans l’un de nos établissements. En Savoir+

Chimiothérapie par aérosols : une naissance extraordinaire

Publié le 24-06-2019
La chimiothérapie intrapéritonéale pressurisée par aérosols (Pipac) a été pratiquée pour la première fois en France aux HCL. Aujourd’hui, soignants français et internationaux viennent se former à Lyon. Retour sur une naissance extraordinaire.

Bloc à l'hôpital Lyon Sud - HCL

« Le plus dur aura été de régler les problèmes de santé et de sécurité au travail, mais aussi de trouver le matériel nécessaire » relate Naoual Bakrin, gynécologue et chirurgienne à l'hôpital Lyon sud, à l’initiative de ce projet précurseur.

Tout débute en novembre 2015. Le Pr Olivier Glehen, chef du service de chirurgie digestive et endocrinienne lui propose de mettre en œuvre une technique innovante dans le traitement des carcinoses péritonéales, la Pipac (chimiothérapie intrapéritonéale pressurisée par aérosols). Créée en Allemagne en 2013 par le Pr Marc-André Reymond, cette nouvelle pratique n’a pas encore franchi le Rhin.

La chirurgienne relève le défi avec enthousiasme. Il lui faut réunir le matériel nécessaire qui consiste à vaporiser la chimiothérapie directement dans l’abdomen du patient sous forme d’aérosol, à la laisser en suspension dans le ventre gonflé d’air pendant trente minutes, puis à enlever l’air en circuit fermé sur un filtre spécifique. C’est ce dernier élément qui va poser problème. Le filtre, qui doit retenir les molécules résiduelles de chimiothérapie encore en suspension, n’est pas vendu en France. Et le fabricant nord-américain refuse d’élargir le brevet au territoire hexagonal. La médecin est dans l’impasse. Elle fait alors montre d’un talent d’investigatrice. En scrutant les caractéristiques techniques du filtre utilisé en Allemagne, elle découvre que la taille des pores correspond à celle d’un autre filtre, fabriqué lui aussi aux Etats-Unis mais à destination des fumées provoquées par les bistouris électriques. Bingo ! Cette fois-ci, aucun brevet ne vient interdire la vente en France, assurée par une société implantée à Rennes. Dès lors, rien ne va plus arrêter la mise en œuvre du projet.

Une pratique vertueuse

Après validation du nouveau dispositif médical, l’équipe soignante emmenée par Naoual Bakrin est prête. Le 9 décembre 2015, dans le service de chirurgie digestive de l’hôpital Lyon sud, a lieu la première intervention de ce type sur le territoire métropolitain. Le filtre opère parfaitement au moment de l’exsufflation : le risque d’exposition à la chimiothérapie, pouvant entraîner perte de fertilité, cancers secondaires, allergies et irritations est contrôlé. Aujourd’hui, ce sont entre six et neuf patients par semaine qui bénéficient de cette nouvelle approche palliative. L’intervention, plus lourde que la chimiothérapie administrée par voie intraveineuse, est moins toxique et son action plus ciblée. Seulement un dixième des doses utilisées en intraveineuse est nécessaire, ce qui permet de réduire les effets secondaires comme la perte des cheveux et les douleurs digestives. « Certains patients ont, après la Pipac, une fatigue moindre que celle ressentie après une chimio en intraveineuse » confirme la Dr Bakrin. De plus, l’intervention doit être pratiquée toutes les six semaines quand la chimiothérapie par intraveineuse peut être requise tous les quinze jours.  Ainsi, un circuit efficace et vertueux pour les patients et les soignants a vu le jour. « Nous sommes en contact avec des patients que nous n’avions pas l’habitude de voir. Cette gestion des symptômes, habituellement réservée aux oncologues, a modifié notre approche du patient et aussi la  communication entre les chirurgiens de l’équipe et les oncologues. »

Une expertise d’envergure internationale

En un peu plus de trois ans, Naoual Bakrin, Nathalie Laplace et Vahan Képénékian ont développé une expertise reconnue par leurs pairs. Pas une équipe proposant la Pipac en France* qui n’ait été formée à l’hôpital Lyon sud des HCL. Outre leurs confrères nationaux, l’équipe de Naoual Bakrin forme des chirurgiens, infirmières, anesthésistes en provenance du monde entier. A l’époque, chef de clinique assistant, le Dr saoudien  Mohamad Alyami, qui a accompagné la mise en place de la Pipac, a été le premier médecin étranger formé à Lyon en 2015. Depuis, soignants brésiliens, canadiens, espagnols, grecs, italiens sont venus apprendre à Lyon et y ont obtenu leur certification. « Des liens se sont tissés et des amitiés sont nées » confie Naoual Bakrin. Monter des projets innovants, mutualiser les énergies dans le but d’améliorer le confort des patients, « L’expérience humaine et scientifique est très enrichissante » conclut-elle. De décembre 2015 à fin mars 2019, 644 interventions de chimiothérapie péritonéale pressurisée par aérosols ont été pratiquées aux HCL.