L’USIC, au cœur des soins intensifs

Au deuxième étage de l’hôpital Louis Pradel, l’unité de soins intensifs de cardiologie prend en charge des patients dont le cœur a flanché. Un service d’urgences singulier et éminemment humain.
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Unité de soins intensifs de cardiologie, hôpital Louis Pradel © Marie-Eve Brouet
Unité de soins intensifs de cardiologie, hôpital Louis Pradel © Marie-Eve Brouet

 

Neuf heures, chambre 204. Entouré d’un aréopage de blouses blanches, le Pr Éric Bonnefoy-Cudraz, patron du plateau d’urgences cardiologiques de l’hôpital Louis Pradel, entame sa tournée quotidienne. Au pied du lit du malade, surmonté d’un impressionnant bras articulé, l’interne expose en quelques phrases ce qui, la nuit dernière, a motivé son admission à l’unité de soins intensifs de cardiologie (Usic), où sont prises en charge, 24 heures / 24, les pathologies cardiaques graves. Attentive, la petite troupe tente de comprendre les raisons de cet épisode d’insuffisance cardiaque sévère, encore inexpliqué. Le professeur insiste : « Quel est notre projet pour ce malade ? Qu’est-ce qu’on se fixe comme objectif ? » L’échange entre soignants terminé, le Pr Éric Bonnefoy-Cudraz prend la main du patient resté silencieux dans la sienne. « On accepte de ne pas savoir ce qui s’est passé, mais nous allons faire en sorte que vous ayez un grand sourire et que vous retourniez chez vous en pleine forme. » Sitôt ces paroles rassurantes prononcées, la volée de blouses blanches s’envole vers la chambre voisine. « Patient de 65 ans, récupéré de cardio C après un arrêt cardiaque. Souffre d’une insuffisance cardiaque congestive. Déjà venu pour la même pathologie en 2018. Refusé deux fois à la greffe pour insuffisance rénale chronique sévère. » C’est au tour du deuxième interne de faire le topo et d’envisager, en concertation avec l’équipe, la meilleure option pour remettre le patient sur pied. « Nous avons bon espoir de vous permettre de retrouver votre forme de base », réconforte le chef de service, « mais nous préférons vous garder encore avec nous 48 à 72 heures avant de vous confier à nos collègues de cardio. »

Réparer les cœurs brisés

Le Pr Éric Bonnefoy-Cudraz, patron du plateau d’urgences cardiologiques de l’hôpital Louis Pradel, entame sa tournée quotidienneDans les douze chambres spacieuses et baignées de lumière occupées ce matin-là (le service en compte seize), des patients souffrant d’infarctus du myocarde, d’insuffisance cardiaque sévère nécessitant parfois une assistance circulatoire, de troubles graves du rythme cardiaque… que les médecins, internes, infirmiers, cadres de santé, aides-soignants, kinés vont prendre en charge avec un objectif : améliorer leur état de santé en quelques heures. Pour y parvenir, l’Usic s’appuie sur l’expertise et les équipements de pointe de l’un des centres cardiologiques les plus réputés de l’Hexagone qui, dès son ouverture il y a tout juste cinquante ans, réalisait avec succès la première greffe cardiaque.

Cette dimension collaborative très forte et la qualité de l’exercice font la réputation du service. Chaque année, plus de 1 800 patients y sont accueillis, dont certains adressés par des centres périphériques, comme celui de la chambre 210, arrivé de Valence et dont l’état nécessite une intervention rapide. « Il faut qu’on s’occupe de vous et que l’on remette votre valve en place », l’informe avec beaucoup de douceur le Pr Bonnefoy-Cudraz, lui expliquant qu’ils vont introduire une sorte de pince à linge (le MitraClip) par un cathéter dans l'artère fémorale qui permettra de maintenir en place la valve mitrale et d’empêcher des fuites. Une technique innovante, non invasive, parfaitement maîtrisée par le Pr Jean-François Obadia. « L’équipe est exceptionnelle », poursuit-il, « vous pouvez y aller en toute confiance et vous reprendrez votre vie d’avant. » Quand il quitte la pièce, le patient semble rasséréné. « La façon dont on regarde la personne et dont on lui parle est très importante », nous glisse le chef de service dans le couloir. « Une règle de base que j’enseigne aux étudiants est qu’il faut toujours avoir une vision positive et optimiste de l’évolution d’une personne. Parce que la force d’autoréalisation de nos convictions est importante. »

Compétentes dans l’action

« Nous accueillons des patients dont le pronostic vital est engagé », expose le Pr Bonnefoy-Cudraz. « Notre activité est très intense sur quelques heures avec beaucoup de gestes techniques : pose de voies centrales, intubation… » C’est d’ailleurs pour maintenir les équipes de l’Usic, mais aussi de l’unité de surveillance continue (USC) et de la consultation cardiologique d’urgence (CCU), au sommet de leur art qu’au même moment, au septième étage, la Dr Danka Tomasevic orchestre une session de simulation. « Nos équipes doivent être compétentes dans l’action », insiste-t-elle, tout en programmant le mannequin hyper sophistiqué allongé sur un lit, et sur lequel seront simulés des problèmes aigus qui permettent aux soignants d’acquérir les bons réflexes à reproduire en cas de situation extrême.

 

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12h05, retour au deuxième étage. Dans la salle de retour de soins, les internes revoient les dossiers des patients et répondent aux familles inquiètes. Plus loin, dans le bureau des cadres de santé, Yasmina Rezoug et Emmanuel Gennaro sont chargés de sécuriser le parcours patient. « À nous de veiller à faire monter en compétences et en connaissances nos quatre-vingts paramédicaux », sourit Yasmina. « Et de gérer le flux de patients », renchérit Emmanuel, soucieux de libérer des lits le plus rapidement possible. « La prise en charge du patient ne s’arrête pas à la sortie de l’hôpital. La continuité, la qualité des soins participent du travail correctement fait. » Une étape essentielle puisque les patients restent en moyenne quatre jours à l’Usic avant de rentrer chez eux (dans 50 % des cas) ou de rejoindre soit un service classique de l’hôpital soit un SSR.

Le calme avant la tempête

En sortant de leur bureau, nous croisons Marie-Thérèse, aide-soignante qui, d’une chambre à l’autre, vérifie les constantes des patients. « Là c’est calme, mais ça ne va pas durer », constate-t-elle avant de s’engouffrer dans une chambre vide pour s’assurer que les nombreux équipements sont en ordre de marche. « Nous attendons vers 15 heures une malade qui a fait un coma inexpliqué à son domicile et qui nécessite la pose d’une sonde d’entraînement électrosystolique », explique François Bouc, infirmier. « Avec 90 à 95 % des entrées non programmées, l’ambiance peut changer du tout au tout en quelques minutes. Il faut savoir anticiper pour mobiliser les ressources de l’hôpital et améliorer au plus tôt l’état du patient. » Ne pas perdre de temps. Une obsession pour ces soignants qui se sont déjà volatilisés à la rencontre de la malade. « Nous allons bien prendre soin de vous », entend-on tandis que la porte se referme. Il est 15 heures, une nouvelle course contre la montre s’engage.

Un plateau connecté : L’Usic est l’une des trois composantes du plateau de soins critiques cardiologiques qui comprend aussi l’unité de surveillance continue (USC) et la consultation cardiologique d’urgence (CCU). Elle travaille en coordination étroite avec les services de cardiologie et de radiologie interventionnelle, ainsi qu'avec les chirurgiens cardiaques des Hospices Civils de Lyon. Chaque année, plus de 1 800 patients sont pris en charge à l’Usic, 1 100 à l’USC et 8 000 sont suivis en consultation cardiologique d’urgence.

Dernière mise à jour le : ven 14/01/2022 - 12:15
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