O.F.N.I. : quand l'art plonge à l'hôpital des Charpennes

À l'hôpital des Charpennes, un projet artistique unique a transformé la salle d'animation pendant quatre mois : O.F.N.I. (Objets Flottants Non Identifiés). Les artistes Charlotte Peyrard et Tatiana Bailly ont invité les patients à explorer l'eau, les reflets, les pigments et les bulles durant des ateliers hebdomadaires.

Le projet O.F.N.I. naît de la rencontre entre Charlotte Peyrard, sculptrice du métal, et Tatiana Bailly, artiste du dessin et de la broderie. Ensemble, elles forment le collectif Ô-Tangible, spécialisé dans les expérimentations sensorielles et immersives.

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Personne âgée et femme lors d'un atelier

 

« Nous cherchions à provoquer l'émerveillement, à inviter à ralentir, à ressentir », explique Charlotte Peyrard. L'aquarium devient leur support d'exploration : un espace où l'eau se transforme en matière artistique, en surface de contemplation, en support de création.

En 2024, elles soumettent leur idée à la mission Culture et Patrimoine historique des Hospices Civils de Lyon. Leur proposition séduit : créer un espace d'expérimentations ludiques avec Alice François, animatrice socioculturelle à l'hôpital des Charpennes.

Des ateliers artistiques hebdomadaires pour les personnes âgées

De février à juin 2025, vingt-huit résidents en rééducation, en gériatrie et en soins de longue durée participent aux ateliers O.F.N.I. Chaque lundi, le rituel s'installe : les participants s'assoient autour d'une table commune, chacun devant son petit aquarium. .

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Patients âgés participant aux ateliers artistiques O.F.N.I. autour des aquariums

 

Une bande sonore aquatique accompagne l'entrée dans l'atelier : eau qui coule, bulles qui éclatent, glace qui se brise. Le dispositif spatial évoque un aquarium géant qui accueille les créations suspendues.

Les artistes proposent plusieurs thématiques d'exploration notamment autour de l'eau :

  • Reflets et distorsions, observer son image déformée par l'eau ;
  • Empreintes, créer des œuvres avec pigments et papier mouillé ;
  • Bulles éphémères, souffler des bulles de savon dans l'aquarium ;
  • Métamorphoses, congeler des objets et observer leur fonte ;
  • Mise en scène, détourner des matériaux hospitaliers pour créer de petits théâtres suspendus.
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« Je ne pensais pas qu'on allait créer des chefs-d'œuvre »

Les témoignages des participants révèlent l'impact du projet sur leur quotidien hospitalier.

« Il n'y a rien de plus beau que deux mains. Quand elle est belle, la main, c'est très beau. »

« Je ne pensais pas qu'on allait créer des chefs-d'œuvre. »

« C'est un mouvement de l'esprit, ça stimule un mouvement de l'esprit. Il y a beaucoup de suppositions... C'est une interrogation permanente. Il y a une notion de rencontre... »

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Alice François, animatrice socioculturelle, observe les transformations : « Ces ateliers offrent un espace précieux. Un cadre ouvert pour s'exprimer et s'affirmer. Les imaginaires s'éveillent. J'ai été surprise par l'engagement de certains participants, leur concentration, leur ingéniosité à surmonter des difficultés motrices. »

Une œuvre collective qui dépasse les ateliers

Tatiana Bailly insiste sur la dimension collective de l'œuvre : « Ce qui fait œuvre, c'est le décloisonnement et la circulation de la matière et des idées. Ce sont les conversations, à la fois plastiques et humaines. C'est le fait de cocréer, de se laisser surprendre. C'est aussi l'expérience, ce qui se passe ici et maintenant. »

Charlotte Peyrard ajoute : « Ce qui "fait œuvre", c'est l'ensemble du processus : la participation active autant que contemplative lors des ateliers, les échanges, les gestes, les paroles, les productions éphémères, les photographies, l'installation finale, jusqu'à cette édition qui en garde la trace. »

Laure Abouaf et Guy Carlier, photographes complices du projet, capturent ces moments suspendus. Leurs images révèlent des détails invisibles à l'œil nu : les mains qui plongent dans l'eau, les visages concentrés derrière les reflets, les gestes délicats manipulant les pigments.

L’édition du livret du projet artistique O.F.N.I., soigneusement conçue avec la graphiste Céline Tosi, tisse ensemble les photographies, les paroles des participants, et les réflexions des artistes.

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Installation finale du projet O.F.N.I. avec créations suspendues à l'hôpital des Charpennes
Installation finale du projet O.F.N.I. avec créations suspendues à l'hôpital des Charpennes

Un projet Culture et Santé exemplaire

O.F.N.I. s'inscrit pleinement dans la démarche d’accompagnement artistique des Hospices Civils de Lyon, qui développe des explorations collectives ajustées aux participants.

Pour Tatiana Bailly, cette aventure confirme une intuition profonde : « Des personnes n'ayant jamais eu de pratiques artistiques ont nourri un imaginaire qu'elles ont su activer à travers nos propositions. Ça souligne l'intérêt de la création auprès de personnes fragiles : tout le monde peut. »

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Blocs libres

Ce projet bénéficie du soutien de l'Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes, de la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes et de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, dans le cadre du programme régional Culture et Santé pluriannuel 2024-2026, coordonné par interSTICES.