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Don d’organes et de tissus : le récit de Marie-Antoinette, sœur d’un donneur

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Marie-Antoinette témoigne du don d’organes et de tissus de son frère, décédé brutalement à 52 ans. Elle revient sur le temps de compréhension, les échanges avec les équipes médicales et la décision finale vécue en famille.

Son récit met en lumière le rôle essentiel des proches, l’importance de connaître la volonté de chacun et la portée de ce geste de solidarité.

Transcription

Je m'appelle Marie-Antoinette. Je suis la sœur d'un donneur.
C'était mon petit frère, qui s'appelle Franck. Il s'appellera toujours Franck, il avait 52 ans.

Les médecins ont commencé à parler de mort encéphalique et l'équipe que j'ai rencontrée à ce moment-là nous a expliqué ce qu'était une mort encéphalique, comment elle était diagnostiquée, et nous a parlé du don d'organes.
Je me souviens très bien leur avoir dit : « Mais non, il n'est pas mort, il n'a pas, ça va, non ».

Et donc il y a un temps de compréhension un peu complexe à aborder, à avoir, pour comprendre la situation.

Comment de temps avez-vous eu pour faire le choix du don d'organes et de tissus ?

Il n'y a jamais de pression, on ne ressent jamais l'urgence, or ils le sont, puisqu'il faut faire très vite.
On a eu des gens qui étaient à l'écoute, avec énormément d'empathie, qui ont tenté d'expliquer, en nous disant : « Voilà, on vous explique ça aujourd'hui, on revient dans quelques heures, réfléchissez, vous poserez vos questions, etc. ».

Nous, on avait cette réticence aussi de dire : « Mais ne le touchez plus ». C'est bon, il a été opéré deux fois, etc. Donc on avait cette réticence-là.
Donc ils nous ont expliqué très clairement que ce prélèvement était une opération, comme si c'était quelqu'un de vivant.
Ils nous ont expliqué qu'on pouvait écrire des petits mots qui lui seraient lus pendant cette opération de prélèvement, que ça se passait dans une salle d'opération normale, qu'on pouvait lui choisir une musique aussi.
Donc il adorait Renaud. Donc on lui a mis du Renaud tout le long.

Et donc après ça, une fois qu'on nous a expliqué tout ça, on a la confiance qui se développe beaucoup, beaucoup plus facilement.
Voilà. Donc on a eu confiance, on l'a laissé partir.

La décision a-t-elle été difficile à prendre ?

Franck n'avait donné aucune consigne. Nous n'en avions jamais parlé. Donc on a eu à s'interroger : qui sommes-nous, nous, pour prendre la décision à sa place ?
Je n'étais pas seule puisque mon frère a deux enfants qui étaient bien évidemment avec moi pendant tout ce temps.
Donc oui, c'est avec eux qu'on a pris cette décision.

Ce qui est compliqué, c'est que nous on est dans le sombre, la mort, le décès qu'on n'attendait pas et que de l'autre côté, l'équipe de don d'organes nous parle des vies qui peuvent être sauvées.
Et ça, ça fait faire aussi des grands pas. On essaye de sortir de la situation de souffrance dans laquelle on est. Ce n'est pas facile.
Mais bon, je dirais que c'est une décision collégiale, mais qui le reflète, je pense. On ne l'a pas trahi.

Aujourd'hui, quel regard portez-vous sur le don de votre frère ?

Moi, je suis super fière de mon frère. C'est un héros.
Se dire que quelque part, c'est tout bête, mais il y a un petit bout de lui qui vit. On ne sait pas où, on ne sait pas avec qui, peu importe.
Mais il a permis à des gens de continuer une vie qui aurait pu s'arrêter.
Donc la sienne s'est arrêtée, mais lui a permis que d'autres vies continuent. C'est une belle chose.

Chaque jour en France, on comptabilise 24 nouveaux patients en attente de greffe, 17 transplantations et 2 à 3 décès.
(Source Agence de la Biomédecine - ABM)

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