Les trois cœurs de Serge Rochet

Depuis quarante ans, Serge Rochet vit avec le cœur d’un autre, ce qui fait de lui le plus ancien transplanté du monde. Un patient hors du commun dont la poitrine aura battu successivement au rythme de trois cœurs.

Les trois cœurs de Serge Rochet - HCLSerge Rochet vit une trentaine sportive quand, au retour des vacances à l’été 77, il voit son état général s’affaiblir. Le verdict tombe rapidement : l’origine est cardiaque. Cadre commercial à l’époque dans une compagnie pétrolière, le voici condamné au repos. Résidant de l’agglomération lyonnaise, il part se mettre au vert dans sa Haute-Savoie natale. Là-bas, son état de santé s’aggrave. À l’automne 78, une pile « sentinelle », qui doit pallier la faiblesse  du muscle cardiaque, est implantée dans sa poitrine. Ça ne suffit pourtant pas et son état général se dégrade un peu plus encore. La transplantation devient incontournable. Il est suivi par le Dr Alain Sisteron. Et c’est le Dr Georges Dureau qui va l’opérer.

Après plus de six mois d’attente, il apprend enfin qu’un cœur lui est réservé. « J’en ai eu les larmes aux yeux. À  ce moment-là, je n’arrivais plus à me lever ni même à me laver les dents mais quand Alain Sisteron est venu m’annoncer la bonne nouvelle, j’ai retrouvé ma respiration ! » Il est opéré le lundi 25 juin 1979, « sur les coups de vingt heures », précise-t-il, soit deux ans après les premiers symptômes. Son opération est suivie depuis la coupole d’observation par des soignants fascinés. Les Dr Jacques Villard, Jean Ninet et Georges Dureau entourent Serge Rochet quand l’anesthésie commence à faire effet. À son réveil, un « nouveau » cœur bat dans sa poitrine. « Assez rapidement, j’ai fait la distinction entre le respect que je devais au donneur et le fait qu’on m’ait greffé un organe qui n’était pas le mien. J’ai toujours été dans une démarche d’acceptation. » Le jeune greffé ne compte pas son bonheur : « J’étais sur le point d’y passer, et voilà que je peux refaire du vélo. La vie qui me reste, c’est cadeau ». À  son réveil, les visages qui l’entourent resteront gravés dans sa mémoire. Par exemple, Catherine, l’infirmière qui va s’occuper de lui pendant un mois dans la chambre stérile, perdue de vue ensuite, et qu’il reverra 40 ans plus tard à l’été 2019 autour d’un café !

Depuis son opération, il doit reprendre le chemin de l’hôpital tous les six mois. Il suit un unique traitement immunosuppresseur qu’il conservera 25 ans ! Car ce premier greffon va remplir sa fonction pleinement et sans tracas pendant plus de deux décennies. Serge Rochet devient  moniteur de ski, professeur de français langue étrangère. Il vit à Barcelone, Édimbourg, Francfort, Milan et apprend autant de langues différentes. Jusqu’à l’automne 2003. De retour d’un voyage en Grèce, il sent à nouveau cette gêne respiratoire vécue quelques décennies en arrière. En mai 2004, une nouvelle transplantation est réalisée, toujours à l’hôpital Louis Pradel. Son chirurgien est le Pr Jean-François Obadia (Service de chirurgie cardiovasculaire adulte A - assistance et transplantation cardiaque). « Le 16 mai, il m’appelle et me dit : « j’ai un excellent greffon pour toi ! ». Le 18, Serge Rochet se retrouve à nouveau sur la table d’opération.

« Je ne suis qu’un petit soldat de la vie » dit-il aujourd’hui. Tous les quatre mois, le plus ancien greffé du monde retourne à l’hôpital Louis Pradel pour son contrôle de routine : bilan sanguin, radio pulmonaire, électrocardiogramme, prises de poids et de tension…  Sa devise ? « Accepter l’inévitable pour en faire l’utilisable » confie-t-il, après deux greffes et trois cœurs. 

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Dernière mise à jour le : mar 29/06/2021 - 12:42
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