« J’ai eu un bon cancer », Saria, patiente en rémission d’un cancer du sein
La maladie, c’est une rupture dans la routine du quotidien. Soudain, la vie prend une nouvelle dimension et le temps, une nouvelle épaisseur. Ce que l’on faisait hier sans y penser n’est plus possible. L’entourage est impacté et l’on se sent responsable d’inquiéter les êtres aimés, de ne plus pouvoir assumer nos responsabilités, de devoir mettre de côtés nos projets. Le chemin vers la guérison peut être long, et nous voilà prêter attention à ces petits riens qui nous semblaient avant anecdotiques.
Premiers symptômes
La veille au soir, Saria se sentait fébrile, préoccupée par une légère douleur dans le sein gauche. Dans la nuit, elle prend rendez-vous dans un centre de soins, mais au matin, « le sein, qui a doublé de volume, est complètement enflammé et très douloureux. » Le rendez-vous médical planifié à 14h30 semble désormais trop tardif. La Brondillante de 34 ans, mariée et mère d’un petit garçon alors âgé de 5 ans, décide de se rendre aux urgences de l’hôpital Femme Mère Enfant. Elle y patientera plusieurs heures et en repartira quelque peu soulagée par un médicament, sans échographie car trop douloureuse, et avec l’attente d’un appel en provenance d’Urgence sein, dispositif de prise en charge rapide et personnalisée par des spécialistes du sein des HCL. Ce qu’elle ignore c’est que la ligne d’appel du dispositif est fermée les samedi et dimanche... Nous sommes le samedi 11 octobre.
Après un nouvel aller-retour le dimanche, et un deuxième le lundi à l’hôpital, la douleur est enfin soulagée par voie médicamenteuse, et une échographie a été réalisée. Le jeudi suivant, la trentenaire retourne au travail. C’est le mardi suivant qu’elle se rend à nouveau à l’hôpital Femme Mère Enfant où l’attend un médecin du dispositif Urgence sein. Saria à ce moment-là ne ressent plus de douleur et le sein a retrouvé sa forme habituelle.
« J’étais dans le déni »
Une nouvelle échographie est prescrite. « À partir de là, tout s’est enclenché et je me suis laissée guider », dit-elle. « Le médecin, qui était adorable me demande si j’ai le temps pour une mammographie, - un examen pas du tout agréable -, puis, une fois effectuée, je suis conduite dans une salle remplie de blouses blanches. Je comprends immédiatement en voyant les radios que quelque chose ne va pas. On me dit qu’il faut attendre le chirurgien pour avoir les résultats. » La patiente est suivie par la docteure Karine Le Bail-Carval du service de gynécologie-obstétrique de l'hôpital Femme Mère Enfant, gynécologue. « Jusqu’à la fin octobre, je suis une à deux fois par semaine à l’hôpital Femme Mère Enfant. Je continue à plaisanter avec mon entourage, les médecins, les infirmières. C’est une manière de prendre de la distance avec ce qui est en train de se passer. À ce moment-là, je suis dans le déni... » Des biopsies sont faites : « Mes seins étaient couverts d’hématomes. C’est traumatisant. Je le vivais difficilement d’autant plus que c’était la première fois que je suivais un parcours de soin aussi lourd. »
Et c’est le 3 novembre que Saria rencontre une chirurgienne : « J’apprends que j’ai des cellules cancéreuses. Là, il n’y a plus rien de marrant. La chirurgienne me dit : vous êtes malade et on est là pour vous soigner. Il va falloir être forte et patiente, nous, on fait le reste. » Saria apprécie la manière dont est formulée cette annonce, mais aucune question ne vient à son esprit sonné par un tel diagnostic. Au sortir de la consultation, elle appelle ses deux sœurs, Myriam et Zahra, dont elle est très proche... les larmes coulent à nouveau.
Chirurgie, conseil en génétique, hospitalisation : un parcours de soin personnalisé
Quelques jours plus tard, elle fait la connaissance du chirurgien du service de chirurgie des brûlés, plastique, reconstructrice et esthétique qui va l’opérer. « Le docteur Henry, spécialiste de chirurgie plastique, reconstructive et esthétique, est formidable. Il m’explique très précisément en quoi consiste l’intervention. Je m’empare de la prothèse sur son bureau et l’interpelle en lui disant que je ne veux pas de corps étranger. Justement, il me propose de faire sans. »
Saria a également accepté de donner son autorisation pour la réalisation de tests génétiques : « Avec Estelle Petit, la conseillère en génétique, nous faisons l’arbre généalogique de ma famille. Je n’ai pas compris tout de suite l’intérêt de cette consultation et, en particulier, le fait de devoir faire un test génétique. Puis, j’ai pensé au docteure Le Bail qui y tenait, ainsi qu’aux répercussions d’un dépistage génétique sur le reste des membres de ma famille. » Des analyses des antécédents familiaux à la réalisation de l’arbre généalogique pour évaluer les risques génétiques, lorsqu’on évoque une maladie génétique, c’est toute une famille qui est impactée. Les résultats révèleront que Saria est porteuse d’une mutation du gène BRCA 2, mutation génétique augmentant le risque de cancer jusqu’à plus de 80 %. « Une de mes tantes a déjà souffert d’un cancer du sein et a dû se faire opérer. À mon âge, je ne pensais pas être concernée. »
Les examens se poursuivent : IRM, ponctions, avant l’opération planifiée le 28 janvier 2026. La patiente va subir une double mastectomie avec reconstruction immédiate. La technique utilisée est celle dite par lambeaux consistant à reconstruire le sein par de la peau, de la graisse et du muscle prélevés au niveau de l'abdomen. « J’étais complexée par mon ventre, la technique me convenait aussi pour ça ! », avoue Saria, dans un sourire. La veille de l’opération, l’infirmière coordinatrice donne les dernières consignes (douche, épilation, alimentation, etc.). Le lendemain, il est sept heures quand Saria se dirige d’un pas alerte vers le bloc opératoire. Dehors, il fait encore nuit.
« La pause de ma vie »
En salle de réveil, Saria est nauséeuse. Sa gorge est sèche : l’intervention chirurgicale a duré huit heures. À une infirmière, elle demande si elle ne va pas mourir... De retour en chambre, elle retrouve son mari et rassure son petit garçon. S’en suit une semaine d’hospitalisation durant laquelle les émotions sont fortes et contrastées : « le premier jour, les aides-soignantes me conduisent à la douche. J’ai mal partout. Le lendemain, nouvelle douche, et je ne veux toujours pas voir sous le pansement. Mais, je finis par regarder et là je fais un malaise. J’ai peur, c’est impressionnant. Les soignantes me disent que c’est trop beau... je ne me rendais pas compte à ce moment-là. » La visite des docteurs qui la suivent, à commencer par le chirurgien, finisse de rassurer Saria, reconnaissante.
Une semaine après l’intervention, elle retrouve son foyer. La convalescence est dure, exigeante. Elle, d’habitude si pleine de vie, solaire et prévenante, tutrice d’un frère en situation de handicap, se sent vite épuisée, d’autant plus que son corps subit les symptômes de l’hormonothérapie. « La maladie a représenté la pause de ma vie. Elle m’a démontré que je pouvais être patiente, prendre le temps pour faire les choses. Maintenant, je fais beaucoup de prévention autour de moi. Avant, je le nommais le « c » ; aujourd’hui, je le nomme par son nom : le cancer. » Malgré ces mois avec la maladie, son optimisme l’emporte : « J’ai eu un bon cancer, sans chimiothérapie, sans radiothérapie. Je n’ai pas perdu mes cheveux et j’ai été suivie par des soignantes et des médecins merveilleux ! »
- Cancer du sein - Fiche santé
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