« Comment je me suis réconcilié avec la médecine », Philippe Chevalier

Sa toute première crise d’épilepsie est survenue en novembre 2022. Alors en pleine santé, Philippe Chevalier est loin de s’imaginer qu’il vivra, cinq mois plus tard, l’expérience marquante d’une chirurgie éveillée.

« Ma tête est prise dans un étau. Je sens l’aiguille de la seringue qui m’injecte le produit anesthésiant. Puis j’entends le bruit du scalpel qui découpe le cuir chevelu comme un tissu que l’on déchire », raconte, un peu plus d’un mois après l’intervention chirurgicale, Philippe Chevalier. 

À 48 ans, l’homme n’est pas du genre hypocondriaque. Mais son rapport au monde de la santé n’est pas des plus sereins. Il a passé par de nombreuses épreuves, a connu la perte de ses parents, tous deux décédés d’un cancer, à un an d’intervalle. Il venait d’entrer dans l’âge adulte et avait la vie devant lui. Depuis, il se méfie de ce corps médical qui « ne dit pas toujours les choses clairement et manque parfois de transparence. »  

Il y eut aussi au début des années 2000, cette consultation vite expédiée qui lui annonçait une « petite grippe », dit-il, laquelle, le soir même, s’était transformée en une infection pulmonaire diagnostiquée par les urgences hospitalières. Après, rien vraiment de notable, mais ce sentiment de méfiance a perduré.

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Philipe Chevalier : témoignage patient
Philippe Chevalier, atteint d'un gliome de bas grade, témoigne de son opération chirurgicale éveillée.

Et soudain, la crise 

En novembre 2022, Philippe est seul chez lui, sur son canapé. Soudain, il se réveille : « Sur ma poitrine, j’aperçois du vomi et, sur mon torse, le mégot de cigarette qui vient de me brûler la peau. D’un coup, j’ai un flash et je me vois convulsé, tétanisé mais sans douleurs. » Il en parle à Valérie, sa compagne, aide-soignante dans un Ehpad. Elle pense immédiatement à une crise d’épilepsie. Au total, Philippe en fera trois avant l’opération.  

Son médecin traitant prescrit une IRM (image par résonnance magnétique). Le radiologue décèle une anomalie et, sans attendre, prend rendez-vous avec la Dr Stéphanie Cartalat, neurologue dans le service de neuro-oncologie à l’hôpital Pierre Wertheimer, à Bron. À partir de là, tout va s’enchaîner : consultations, IRM et programmation d’une chirurgie. Philippe est atteint d’un gliome de bas grade qu’il faut opérer au risque de le voir grossir et, à terme, réduire son espérance de vie. 

Malgré l’annonce du diagnostic, ce baroudeur qui a vécu en Guyane et au Brésil, qui a multiplié les expériences professionnelles avec toujours cette soif d’apprendre et de découvertes, ne cède pas à l’inquiétude. Père de quatre enfants, il sait pouvoir compter sur son entourage et cette équipe « super », commente-t-il, qui le suit et le prépare pour l’intervention. 

Metallica au bloc opératoire 

« Le Dr Picart (neurochirurgien, ndr) est très rassurant. Il m’explique avec beaucoup de pédagogie la nature de ma tumeur, comment va se dérouler l’opération, les risques, les effets secondaires, le temps de récupération. Je vois aussi la neuropsychologue Elodie Tissot avec laquelle, je fais des tests de mémoire, de calculs, les mêmes qui seront réalisés pendant la chirurgie éveillée. Je rencontre Karine Collomb, la psychologue qui m’a beaucoup aidé, et la médecin anesthésiste, Gilda Pradey Bracho qui va m’accompagner tout au long de l’intervention. » Avec elle, cet amateur de musique celtique et de métal partage la playlist qu’il veut entendre au bloc opératoire, de Metallica à Sinead O’Connor en passant par Dan Ar Braz et le groupe de rap Assassin.  

Le jour J, il est fin prêt. « Au moment de la découpe du crâne, Gilda (la médecin anesthésiste, ndr) me dit de bien respirer. J’ai l’impression de rester calme. Je m’attendais à un bruit de scie et c’est la roulette du dentiste que j’entends. Je garde la bouche ouverte parce ce que je sens que ça vibre. Ça me paraît un peu long. » À l’ouverture du volet osseux, « Je sens venir la crise d’épilepsie. » La Dr Gilda Pardey Bracho apaise son patient : « Elle réussit à me calmer, sa présence et sa voix me soutiennent. » 

Une confiance restaurée 

L’opération se poursuit. « Je suis les indications d’Elodie Tissot, la neuropsychologue. Je commence à perdre la notion du temps. Il m’est de plus en plus difficile de compter. Le Dr Picart me dit que c’est bientôt fini. Il semble satisfait et cela me rassure. » Puis c’est le moment de la suture : « À cet instant, ça me tire de partout. C’est douloureux mais Gilda réussit à calmer la douleur. » 

Après plus de quatre heures, Philippe sortira du bloc opératoire. En fin d’après-midi, sa femme et ses filles viendront lui rendre visite. Au final, l’opération se sera déroulée dans les meilleures conditions, malgré la crise d’épilepsie qui aurait pu conduire l’équipe à interrompre l’acte chirurgical, « ma plus grande crainte », confie-t-il. Aujourd’hui, Philippe est en convalescence. Il a pratiquement récupéré toutes ses fonctions si ce n’est cette légère paralysie du côté gauche du visage qui devrait bientôt disparaître après quelques séances de rééducation. « Cette opération m’a réconcilié avec le monde de la santé. De la secrétaire au chirurgien, tous ont été super sympas et rassurants. Ils ont su me mettre en confiance, communiquer, expliquer, me soutenir et encore maintenant, je me sens entouré et bien suivi. » 

Pour l’heure, il ne compte pas bouleverser sa vie comme d’autres avant lui après avoir vécu telle expérience. Sa principale préoccupation est de parvenir à prendre rendez-vous avec l’orthophoniste, « Ce n’est pas facile, mais j’ai bon espoir avec la fin de l’année scolaire… » Un retour à la vie « normale », après l’extraordinaire. 

Pour revivre l'opération de Philippe Chevalier, lire l'article Au bloc opératoire : un patient acteur de sa propre chirurgie

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