Protoxyde d’azote, des soins pluridisciplinaires pour traiter des atteintes cognitives et fonctionnelles
La recherche menée dans le cadre de la thèse de médecine d’Alice Mignaval, interne en médecine physique et de réadaptation, met en lumière une réalité inquiétante : au-delà des atteintes physiques connues, l'impact sur le cerveau semble important. En utilisant le test SDMT (symbol digit modalities test), qui mesure la vitesse de traitement de l'information, l'étude révèle que 100 % des patients suivis présentent un ralentissement cognitif significatif. Ces patients, dont la moyenne d'âge se situe entre 23 et 28 ans, obtiennent des scores très inférieurs aux normes attendues pour leur tranche d'âge. En complément, le test MOCA (Montreal cognitive assessment) montre que les fonctions exécutives (planification, organisation) et la mémoire immédiate sont fréquemment altérées. Ce qui se traduit concrètement par une lenteur dans les réponses et des difficultés à réaliser des tâches quotidiennes simples.
Des consommations massives et des profils fragiles
L'étude s'appuie sur des données de consommation médiane se situant à 20,5 bonbonnes par semaine, avec une prévalence plus élevée chez les femmes, qui consomment en moyenne 30 bonbonnes contre 14 pour les hommes (sur 66 patients inclus à fin mai 2026). Les recherches établissent des corrélations entre l’ancienneté de la consommation et les scores aux tests anormaux. L’intensité de la consommation est directement associée à des symptômes anxieux, dépressifs et à une faible estime de soi. « Près de 75 % des patients expriment une plainte cognitive subjective importante », précise Alice Mignaval.
Face à la complexité de ces tableaux cliniques, la réponse de soin est pluridisciplinaire, alliant neurologie, addictologie et médecine de réadaptation. Les patients souffrent non seulement de troubles cognitifs mais peuvent aussi pâtir d'atteintes neurologiques (moelle épinière, nerfs périphériques) entraînant des pertes de force, des troubles de l'équilibre (ataxie) et parfois d’incontinence. L'un des défis identifiés par la thèse est l'inobservance des soins : « beaucoup de patients sont "perdus de vue" après quelques mois ». Pourtant, une récupération est possible grâce à la plasticité cérébrale des sujets jeunes, à condition d'un arrêt total de la substance.
Une réponse pluridisciplinaire à la mesure d’un enjeu de santé publique
Le message de prévention doit désormais évoluer à l’attention des consommateurs et de leur entourage qui doit être informé de ces difficultés cognitives « qui ne sont pas une sortie d’adolescence mais des perturbations qui retardent le soin », intervient le docteur Christophe Riou, addictologue au GHE et co-auteur de l’étude, « l’important est d’aider concrètement ces jeunes a consulter ». « Si les jeunes consommateurs redoutent les troubles de la marche, ils ignorent souvent que le protoxyde d'azote peut altérer leurs fonctions cognitives de manière durable, compromettant leur capacité à travailler ou à mener une vie normale. Une réponse à la hauteur de cet enjeu de santé publique ne peut être que pluridisciplinaire », soutient l’interne. Et de préciser : « La neurologie pour le diagnostic des atteintes du système nerveux central et périphérique ; l’addictologie, incontournable pour traiter la dépendance et prévenir les rechutes, le sevrage étant la condition sine qua non de la récupération, et la médecine physique et de réadaptation pour l'évaluation du diagnostic fonctionnel et la mise en place d'une rééducation adaptée aux handicaps visibles et invisibles. » Ainsi, les HCL se mobilisent pour structurer une filière de soin associant le service universitaire d’addictologie et liaison, le service de neurologie - sclérose en plaques, pathologies de la myéline et neuro-inflammation et le service de médecine physique et de réadaptation neurologique.
*Étude menée dans le cadre de la thèse de médecine d’Alice Mignaval, dirigée par la Pre Sophie Jacquin-Courtois. « Dépistage des troubles cognitifs et psychologiques associés à l’usage détourné du protoxyde d’azote ». Auteurs : Alice Mignaval, Florian Hubben, Alexandra Boucher, Anne-Laure Charlois, Christophe Riou, Sophie Jacquin-Courtois.
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